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 Texte d'Automne

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Umbrès
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MessageSujet: Texte d'Automne   Sam 2 Oct 2010 - 0:18


Concours d’Automne
les textes

Dans ce sujet, dès que vous aurez écrit votre texte, postez-le. Avant toute chose, il vous faudra un titre. Ensuite, n'oubliez pas de rappeler le lot de contrainte choisi. Pour cela, vous pouvez tout simplement mettre en citation votre inscription éditée par un membre du jury.

Bonne lecture !






Administrateur Koud'Pouce
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Stan Shield
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MessageSujet: Re: Texte d'Automne   Mer 6 Oct 2010 - 19:43

INSCRIPTION

Pseudo de l'artiste : Stan
Lot de contraintes : texte liberté
Participation : je participe au concours [x] inscription libre [ ]

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Réservé au jury :

Titre de la chanson : libre
Lien de l'image : libre





Analepse & Prolepse



Le Chœur : C’est une histoire d’eau. Une histoire liquide qui s’écoule, toute simple, qui suit son cour jusqu’aux confluents de l’imaginaire et de la réalité et qui s’évapore quand le point final tombe après la dernière phrase. Après le dernier mot. C’est une histoire que les Êtres de l’Eau racontent à leurs enfants pour leur apprendre le langage des Deux-Jambes. Stan la racontait à Mélusine pendant qu’ils prenaient la route gadoueuse. La sorcière avait ses contes, eux aussi avaient les leurs. Il lui offrit le récit de celui-ci qui se passait où les feuilles mortes ne tomberaient jamais.



No regrets, no tears.
Only a strange feeling,
slipping without falling.
I'll try another World
where the water is
not blue anymore,
another reallity.
Oh, my baby I love you,
My lady blue.
I'm looking for something
that I'll never reach.
I seek eternity.
No more sun, no more wind.
Only a strange feeling,
leaving without moving.
I'll try another World
and the sky slowly
fades in my mind.
Just like a memory.
No more reasons, no fears
Only this strange feeling,
giving without thinking.
Oh, my baby I love you,
My lady blue.
I'm looking for something
I'll never reach.
Baby, I love you
my lady blue.
I'm searching for something
that I'll never reach.
I seek eternity.


(Eric Serra, My Lady Blue)



Le Conteur : Il y a fort longtemps, quelques siècles après la naissance d’Umbrès et Rosà, dans un océan oublié des cinq continents, Prolepse était un homme et Analepse était une femme qui s’aimaient. Prolepse vivait toujours dans l’anticipation et Analepse dans l’amour des souvenirs. Ils conjuguaient le passé et le futur sans jamais le décliner à l’infinitif statique. Elle lui racontait ce qu’elle avait fait. Il lui narrait ce qu’il ferait. Après plusieurs années de ce jeu syntaxique, Analepse et Prolepse se disputèrent. Elle lui reprocha de ne jamais la contempler comme il devait et il lui répondit que lorsqu’il le faisait, ça l’empêchait d’avancer.

- Marche à côté de moi et je te tiendrai la main, dit-il.
- Pourquoi ne m’as-tu jamais pris la main auparavant ? s’inquiétait-elle.

Ils apprirent par un ami qu’ils avaient en commun et qui s’appelait Anachronisme, que deux personnes qui ne regardaient pas dans la même direction ne parviendraient jamais à vivre dans la même parenthèse. C'était l'automne et cette assertion sonnait comme la fin de l'été et des beaux jours.
Selon Anachronisme, ils devaient trouver un trait d’union pour les lier. Tous les trois se mirent à chercher une solution mais ils ne trouvèrent que des points d’interrogation. Anachronisme, qui jouait l’arbitre, suggéra qu’Analepse se sente de temps en temps plus concernée par le futur et que Prolepse ne se braque pas dès qu’on lui parle de passé. Anachronisme venait de mettre un sacré foutoir dans le couple qui se pliait en quatre pour essayer de convenir aux conseils d’Anachronisme.

Plus ils parlaient, moins ils se comprenaient. L'automne aquatique était entamé, les algues jaunissaient, l'eau était plus fraîche et la pluie la battait plus souvent. Les remous marins devenaient plus puissants et les houles balayaient la surface, faisant échouer les navires qui fournissaient aux habitants d'En-Dessous de quoi se confectionner des logements. Il fallait se préparer à l'hiver:

- Hier, je t’accompagnerais bien en mer Caspienne mais je suis en retard pour la construction de notre maison. Je l’ai terminé depuis six mois pourtant tu n’y habiteras pas. Pourquoi ? demandait Prolepse avec quelque réserve au sujet de la formulation de sa phrase.
Analepse haussa les sourcils et soupira :
- Demain, j’ai été acheter de beaux coquillages pour décorer notre maison, alors je ne comprendrai pas de quoi tu parles, là !

Anachronisme se marrait bien mais leur histoire perdait de son sens. Pour le couple, il était difficile de se détacher de ses habitudes. Mais ils avaient eu foi dans les conseils de leur ami et ils persistèrent à essayer de parler le langage de l’autre parce que ce qui comptait le plus à leurs yeux étaient l’effort qu’ils devaient fournir pour ne pas ruiner les sept années de vie commune qu’ils avaient vécu ensemble.

Le temps s’écoula et pour éviter tout problème de compréhension, Analepse et Prolepse décidèrent de ne parler que l’infinitif. Leurs discussions avaient moins de charme et les pronoms avaient moins de saveur quand ils s’accolaient aux substantifs mais ils se disputaient moins. Et l’amour était revenu.

- Je partir dans deux heures. Tu être prête pour le voyage en amoureux de nos huit ans de mariage ?
- Je être contente que tu planifier ce voyage. Je attendre ton retour et finir les bagages.
- Désolé pour toutes ces disputes.
- Désolée pour tous ces infinitifs.


Ils s’embrassèrent. Prolepse qui était toujours prévoyant n’avait cependant pas prévu que le désir pour sa femme le mette en retard pour ce qu’il avait à faire. Il devait aller chasser les congres avant qu’ils se réfugient dans leur repère pour la nuit. Ainsi, Analepse et lui pourraient se sustenter durant le voyage. Mais il n’y eut pas de chasse et le couple s’occupa à réviser toutes les onomatopées qu’ils connaissaient et qui n’avaient pas besoin d’être conjuguées pour être explicites et nuancées.

Neuf semaines plus tard, quand la mer se préparait à l'hiver, Analepse donna la vie à un enfant.

Chronologie, la femme d’Anachronisme vint féliciter le couple heureux et leur offrir quelques cadeaux de baptême. Chronologie était bien plus ordonnée et moins chipie que son époux. Elle demanda à Analepse :

- Comment cet enfant va-t-il s’appeler ?

Analepse se tourna vers Prolepse qui berçait paternellement l’enfant :

- Nous chercher toujours. Je vouloir « Subjonctif »
- Mais je préférer « Conditonnel »,
ajouta Prolepse. Nous être pas encore d’accord.

Chronologie cligna plusieurs fois des yeux et demanda :

- Qu’est-ce qui vous arrive ? Vous avez un indicatif de travers ou quoi ?
- Anachronisme nous a conseillé de partager le goût de l’autre pour le futur et le passé en les mélangeant l’un à l’autre. Bien que ça rende imparfait notre discours, nous ne nous sommes pas disputés depuis longtemps,
murmura Analepse pour que Prolepse n’entende pas qu’elle parlait au passé. Mais Prolepse s’était à son tour avancé à l’autre oreille de Chronologie pour lui faire une autre confidence :
- Je remercierai ton mari car désormais je ne me disputerai plus avec ma femme. Nous nous habituerons à la tristesse des infinitifs pourvu que plus rien ne nous sépare.

Chronologie cria après Anachronisme :

- Gros bêta ! hurla-t-elle après son époux. Tous les points d’exclamation vinrent mettre des claques à Anachronisme qui ne faisait plus le fier. Qu’as-tu été raconter à Analepse et Prolespe ? Ils sont devenus ternes et sans nuances !
- Je leur ai aussi dit qu’ils devaient trouver un trait d’union... c’est de leur faute s'ils ont tout compris de travers.

Anachronisme ne se sentait pas fautif mais il avait beaucoup déçu Chronologie qui décida de le quitter pour ce mauvais tour qu’il avait fait à leurs amis. Comment peut-on aimer une personne qui passe son temps à proférer des inepties ? Pour se venger d'une séparation qu'il vécu mal, Anachronisme continua toujours de se glisser dans les affaires de Chronologie pour la chamailler.

Pour racheter la conduite de son compagnon, Chronologie alla se présenter chez Analepse et Prolepse qui peinaient toujours à se mettre d’accord sur le prénom de leur enfant.

- Je vais être aussi direct qu’un complément d’objet, commença-t-elle. Anachronisme vous a dit n’importe quoi. Pour continuer de vous aimer sans qu’il y ait de conflit, il suffit de mélanger de temps en temps vos points de vue mais sans jamais être moins que ce que vous êtes et que ce que vous aimez. Prolepse, Analepse, mes amis ! Vivre le moment présent est un bon terrain d’entente et vous pourriez de temps à autre faire un bond dans le futur ou dans le passé en vous amusant de ce présent, non ?

Chronologie avait bien raison. Analepse était soulagée :

- Je suis d’accord avec toi, Chronologie. Quand Anachronisme nous a demandé de tout mélanger, j’aurais dû me rendre compte que c’était une autre de ses blagues, mais maintenant ton conseil me semble plus prévenant, admit Analepse.
- Tu as raison Analepse, renchérit Prolepse en prenant sa femme et son enfant dans ses bras. Quand je reverrai Anachronisme, je l’enverrai faire un petit tour du côté des subjonctifs imparfaits pour le corriger. Il doit revoir sa copie ou tout le monde de la Grammaire et de l’Histoire aura un zéro pointé. Ce qui compte, c’est que désormais nous seront heureux Ana et moi.
- Et pour l’enfant ? Vous lui trouvez un nom ?

Analepse et Prolepse se regardèrent d’un air entendu et, en même temps, ils dirent :

- Carpe Diem.



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Atålan Harding
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MessageSujet: Re: Texte d'Automne   Jeu 28 Oct 2010 - 20:54

INSCRIPTION

Pseudo de l'artiste : Nate
Lot de contraintes : Texte intimité
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Réservé au jury :

Titre de la chanson : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
(Thomas Fersen - Monsieur)

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Avertissement: Texte violent. Humour noir et acide.





Entre Deux Automnes

Ma vie n'est pas un secret.
Je m'en vais vous la conter.
Un passage uniquement,
Remontant à deux cent ans.

Nous sommes en 1803. A cette époque, Proper Mérimée naissait, Franz Xaver Süßmayr mourait, l’Emir du Nedj' Abd al-'Aziz ibn Sa'ud était abattu par un chiite qui voulait venger le pillage de Kerbala, le commerce triangulaire vivait ses derniers jours, les États-Unis ratifiaient le traité pour la cessation de la Louisiane aux américains par les français et le président Jefferson prenait possession de ce nouveau territoire. J'étais alors vampire depuis 122 ans. Je fêterais mon 123ème anniversaire le mois suivant.

Je parcourais le monde avec Morgan, ma créatrice. Nous étions amants par inadvertance. Liés par la mort et la luxure, nos couches avaient des allures de navire à la dérive. Nous étions amants à défauts de savoir quoi nous dire après plus de cent vingt années passées ensemble, sans se quitter.

Amants du monde entier, quand vous jurez que vous aimerez pour l'éternité, dites vous que l'éternité c'est très long... il ne faut jamais s'embarrasser de tels serments au temps des cerises¹. Attendez que la faucheuse ne vous emporte durant sa moisson avant de jurer pour toute une vie.

L'ennui se faisait sentir. Nous nous ennuyions ferme. Pour rire aux dépends de nos semblables bourrés de sang, nous décidâmes de nous octroyer une année de liberté, chacun de notre côté. Morgan se fit embarqué dans une flottille pour les Indes que les britanniques saccageaient copieusement. Pour ma part, je décidai d'un sort plus modeste pour les 365 jours à venir.

L'automne était déjà bien entamé en Angleterre où j'échouais au service d'un monsieur bourgeois que je rencontrai par hasard du côté d'Holloway Road. La saison avait grignoté les feuilles de sa salive humide et orangée. Elle délavait les toitures et les rues et faisait miroiter les toits des barouches capitonnés de satin. Les dames marchaient avec leur pébroque à l'épaule si un mari n'était pas à côté pour le leur tenir courtoisement. Quelques grivetons pullulaient dans des estaminets éclairés à la lampe à huile et aux chandelles ou, parfois, par un poêle disposé dans un coin de la pièce. Notre cher ami Volta venait d'inventer la pile électrique, Franklin était mort en laissant son hoirie à Watt et autres hurluberlus ingénieurs, mais je devais encore attendre jusqu'en 1879 qu'Edison se presse de mettre au monde l'ampoule électrique pour échapper à l'odeur grasse de l'huile à brûler.

J'avais choisi mon homme parce que je l'avais surpris un soir dans une entreprise passablement inconvenante qui me plut tout de suite. Je l'avais observé dix jours avant de lui proposer mes services. Il partait pour la France et cherchais un homme à tout faire. Je fis celui-ci.

Je n'étais pas stupide. Jamais je ne l'aurais approché en lui révélant que j'étais un vampire. Il aurait eu le mauvais goût de venir m'enfoncer un pieu dans le cœur. Je voulais observer cet humain de plus près et, en toute modestie, il racheta la piètre image que je m'étais faite de son genre depuis que j'avais cassé ma pipe.

Pour vous parler de cet homme et de la façon dont je m'étais docilement mis à son service, il faut m'imaginer, jeune vampire de 120 ans, qui a fait des études de médecine et qui, afin de tuer l'ennui, se plaît pourtant, du jour au lendemain, à se mettre à la botte d'un monsieur en pleine vie.

([Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien])
Les passants sur son chemin
Soulèvent leur galure,
Le chien lui lèche les mains,
Sa présence rassure...
Voyez cet enfant qui beugle, par lui secouru,
Et comme il aide l'aveugle à traverser la rue...
Dans la paix de son jardin,
Il cultive ses roses,
Monsieur est un assassin
Quand il est morose.
Il étrangle son semblable dans le Bois de Meudon,
Quand il est inconsolable, quand il a le bourdon...
A la barbe des voisins,
Qui le trouvent sympathique,
Monsieur est un assassin, je suis son domestique;
Et je classe le dossier sous les églantines,
Je suis un peu jardinier
Et je fais la cuisine.
Il étrangle son prochain
Quand il a le cafard,
Allez hop dans le bassin sous les nénuphars.
Et je donne un coup de balai
Sur le lieu du crime,
Où il ne revient jamais,
Même pas pour la frime...
Sans éveiller les soupçons,
Aux petites heures,
Nous rentrons à la maison,
Je suis son chauffeur...
Car sous son air anodin,
C'est un lunatique,
Monsieur est un assassin,
Chez lui c'est chronique;
Il étrangle son semblable
Lorsque minuit sonne
Et moi je pousse le diable
Dans le Bois de Boulogne...
Le client dans une valise, avec son chapeau,
Prendra le train pour Venise et un peu de repos.
Il étrangle son semblable
Dans le Bois de Meudon,
Quand il est inconsolable,
Quand il a le bourdon;
A la barbe des voisins,
Qui le trouvent sympathique,
Monsieur est un assassin,
Je suis son domestique.
Vous allez pendre Monsieur,
Je vais perdre ma place;
Vous allez pendre Monsieur,
Hélas! trois fois hélas!
Mais il fallait s'y attendre et je prie votre honneur,
Humblement de me reprendre comme serviteur...
Et je classerai ce dossier sous les églantines,
Je suis un peu jardinier et je fais la cuisine...


Le juge qui fit pendre mon maître me renvoya en Angleterre pour que me misse au service d'une gente dame du nom de Fleurisse. J'aimais bien Fleurisse mais j'appréciai beaucoup moins sa famille. Son mari faisait l'arsouille et son fils, le Jacques. Sa fille était la catin de leur petit bourg et il n'exsitait aucun homme sur la place du village qui ne pût dessiner les yeux fermés toute la géographie anatomique de la jeune femme de seize ans.

J'étais passé domestique d'un bon maître, assassin cinq étoiles, à la famille Pierrafeu en moins de deux jours. Le temps d'une traversée de la mer Normandie.

L'automne était revenu. Nous étions en 1804. Pierre François Verhulst venait de naître, Jacques Necker, ministre de Louis XVI, mangeait les plantes par la racine depuis six mois, une alliance austro-russe était en train de se former contre la France, la bataille de Sitka donnait du travail aux pompes funèbres et moi, il me restait huit jours avant de pouvoir retrouver Morgan.

J'étais pressé de la revoir. L'ennui m'était passé. Nous avions une année chacun à nous raconter. Les anecdotes feraient office de préliminaires aux futures récréations qui nous avaient tant lassées l'année précédente. Cela faisait 357 journées que je n'avais couché avec personne.

Je décidai de passer ces huit jours qui me restaient à torturer la famille de Fleurisse que j'avais déjà servi plus d'un mois sans chanceler ou les agonir d'injures. Si je ne mettais pas un peu de meurtre dans mes histoires, Morgan me raillerait d'avoir été trop saint. Observer un assassin humain sans même avoir été tenté par son sang ! Morgan ne le comprendrait jamais. Il me restait la famille de Fleurisse pour me rattraper.

Je pris beaucoup de mes tortures sur l'exemple de Monsieur. Je ne me contentai pas de planter mes dents dans leur chair. D'abord, un matin il me prit d'inverser les rôles. Je ne fus dès lors plus à leur service mais eux au mien.

Pour punir l'ivrognerie du mari, je le pressais comme un citron¹. Toutes les tâches ménagères y passaient. S'il faisait un pli à ma chemise en la repassant, je lui coupais un doigt. Moins il avait de doigts, plus il lui devint difficile de repasser – et de tenir sa bouteille. Il redevint sobre mais ce n'était pas pour la plus grande joie de Fleurisse à qui un mari sans main ne servait plus à rien. Je tuai donc le mari au matin du mercredi. Fleurisse me remercia de ma gentillesse. Elle n'aurait jamais osé le faire toute seule.

Son fils, le jocrisse du village, patientait depuis le mardi que vint son tour de mourir. Je ne l'avais pas éliminé tout de suite pour que Fleurisse ne perdît pas toute sa famille en si peu de temps. Je l'avais pendu depuis le dimanche dans la grange. La corde était assez longue pour qu'il touchât le sol mais suffisamment courte qu'il ne le touchât que s'il se mettait sur la pointe des pieds. Nous étions jeudi et je m'intéressai de nouveau à son cas.

Il était toujours sur la pointe des pieds, affamé, frigorifié et , sous ses pieds, je voyais qu'il s'était vidé de ces derniers repas. Il empestait la mort. Pour que l'expression ne soit plus image, je proposai à Fleurisse de le donner à manger aux cochons. Le jocrisse dit que non, Fleurisse dit que oui, moi je dis ce que femme veut, Dieu veut, et l'adolescent mourut. Les cochons avaient fait un bon repas.

Au dîner du soir, Fleurisse me complimenta sur la manière sensationnelle dont le dernier cochon avait mangé le deuxième œil de son fils. Elle n'aurait jamais pu avoir l'idée de faire l'économie d'un enterrement en le donnant aux porcs. Je la remerciais. Elle me demanda pourquoi je ne mangeais jamais, si ces meurtres me hantaient. Je lui expliquai que j'étais un vampire. Elle s'enquit de savoir si je comptais la mordre. Je lui dis que non, sauf si elle le désirait. Elle me promit d'y réfléchir dès que je me serais occupé du cas de sa fille. Ce que je fis après le repas du soir.

Elle n'était pas rentrée chez ses parents depuis le dimanche. Je savais où la trouver. Nous étions jeudi soir, le prêtre ne faisait pas la messe et la fille catin aimait détourner les enfants de Dieu du chemin qu'on avait tracé pour eux. C'est à l'église que je devais ramener ma fraise¹.

Je la trouvai effectivement, galopant à l'horizontale sur les sombres pâturages ecclésiastiques. Je l'arrachai de la tonsure de monsieur le curé qui pria Dieu et tous les saints qu'il ne commettrait plus jamais de péchés si je lui laissais la vie sauve et que je protégeais le secret. Je l'absous et acceptai sa prière car j'avais de la considération pour les messieurs de l'Eglise qui, depuis plusieurs siècles, étaient passés maîtres dans l'art de la duperie, du mensonge, de la mégalomanie et de l'holocauste. Ils étaient les assassins les plus habiles que je connaissais. Combien d'homicides, individuels et collectifs, avaient-ils encouragé au nom de leurs Toutes-puissantes écritures ? Les avant-courrières de toutes bonnes guerres avait fait couler plus de sang que d'encre. J'ai arrêté de compter à partir de 1588, à l'exécution d'Henri de Guise sur l’ordre d’Henri III.

C'est donc la fille sur les épaules que j'ai regagné la ferme de Fleurisse. Si j'avais faim, Fleurisse me proposais de boire dans sa fille. Je déclinai l'invitation. Je ne buvais pas les putains. Fleurisse sourit et rougit comme une tomate², se souvenant que j'avais accepté de boire son sang. Elle se sentit flattée et me laissa en paix avec sa fille, le temps que je lui apprenne les bonnes manières. L'éducation fut de courte durée, elle ne supporta pas la chasteté plus d'un jour et se jeta elle-même dans le puits en voulant échapper au fer que je lui avais préparé.

La ferme était redevenue calme. Ni ivrogne, ni imbécile, ni fille de petite vertu pour venir ternir ce délicieux automne. Fleurisse m'approcha avec les joues rose.

Elle me dit qu'elle n'avait aucune affinité avec la mort mais que, si je le voulais, pour me remercier de l'avoir délivré de la prison de sa vie où elle avait trop longtemps joué la bonne poire¹, je pouvais la mordre. J'en étais enchanté.

"Aimer, c'est savourer, au bras d'un être cher, La quantité de ciel que Dieu mit dans la chair..." écrira plus tard Victor Hugo. Fleurisse ne put s'empêcher de m'en faire la démonstration cependant que j'aspirais d'elle tout le sang qu'elle voulait bien me céder. Je fis alors ma première infidélité à Morgan, mais elle ne m'en tiendrait pas rigueur, pensais-je, puisqu'elle-même était la maîtresse que j'avais eu du temps où ma femme était encore de ce monde.

L'assuétude que j'avais pour la liqueur vermillon me fit détacher les crocs un peu trop tard. Fleurisse mourut dans mes bras. Un sourire sur la bouche.

Après l'avoir enterrée dans le jardin, près du rosier que je trouvais le plus beau, je me rendis à Londres où je retrouvais un métier plus honorable (à l'hôpital des armées où je devins médecin) et Morgan de retour des Indes.

Il fallut plus de trois ans et bien des préliminaires pour parvenir à se raconter une année x 2 toute entière.
Ah ! Jalouse entre les jalouses ! Si belle avec un cœur d'acier, Morgan n'aima guère le passage où je passai du bon temps avec Fleurisse. Elle posa mille questions pour savoir si une humaine aurait pu être meilleure maîtresse qu'elle. Je lui mentis que "non". Morgan s'accommoda du mensonge et nous nous promisses de renouveler une année de séparation à chaque fois que l'éternité nous semblerait plus douloureuse que la mort.

Aujourd'hui, Morgan est morte depuis longtemps mais je pense souvent à écrire, avant qu'ils ne meurent dans ma mémoire, tous les souvenirs des siècles que j'ai passé à ses côtés. Mes écrits ne seront probablement pas très bons et, tant que je ne serais pas complètement mort, l'on me donnera beaucoup de tords. Ne dit-on pas, qu'en littérature, le plus sûr moyen d’avoir raison, c’est d’être mort? Comme au sujet de cette histoire d'assassinat. Venger une femme accablée et bafouée en tuant toute sa famille sur commande, est-ce bien raisonnable ? Non, ça ne l'est pas mais l'aventure était distrayante.




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Charlotte de Lansley
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MessageSujet: Re: Texte d'Automne   Ven 29 Oct 2010 - 15:22

INSCRIPTION

Pseudo de l'artiste : Cha
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Titre de la chanson : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
(Ben Harper - The widow of a living man)

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Tears and Doubts

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Dimanche 21 octobre 2012. Maison Leonhart, Hammersmith.

" Mama why does he treat me so cold ? So cold. So cold.
Why do I feel so old ? So old. So old...
"


~† Ma pauvre mère me serre contre elle sans savoir quoi dire. J'ai craqué. Encore. Il y a à peine deux minutes, j'étais dans la salle de bain. Je sortais de la douche. D'un œil curieux et fasciné, je m'observais dans le grand miroir. Mon ventre est maintenant plus qu'arrondi et ne laisse plus aucun doute : j'ai le corps d'une "vraie" femme enceinte. Je suis chaque jour émerveillée par ma peau qui se tend un peu plus et, à travers cette constatation, je me dis qu'il y a petit bout qui est en train de grandir en moi et que bientôt, il sera haut comme trois pommes. Ca me fascine et je peux rester des heures à regarder ma silhouette dans une glace. Et tout à l'heure, je l'ai vu. Je l'ai senti. Mon ventre s'est légèrement soulevé à un endroit. C'était lui. Le bébé. Il a cogné.

Ma vue s'est aussitôt embrouillée et j'ai fondu en larmes. J'ai enfilé mon peignoir et je suis sortie pour aller directement au salon. Maman était assise sur le fauteuil, à lire un livre. Elle ne m'a pas entendue arriver. Je me suis laissée tomber sur le canapé, et en voyant mon état, elle m'a pris dans ses bras. Elle me berce doucement en me caressant les cheveux, m'étreignant avec toute la force et la tendresse qu'une mère réconfortante peut mettre dans ce geste.
†~


" How long has he treated me unkind ?
Or have I always been so blind ?
"


~† Elle ne dit rien et se contente de me consoler. Que pourrait-elle dire face à ma complainte ? Je suis esseulée. Et il n'est pas là. C'est encore une étape de la vie de notre enfant qu'il rate. Je me demande si je, si nous comptons pour des prunes face à Antarès. Notre vie l'ennuyait-elle tellement qu'il a préféré partir à la chasse au grand méchant loup ? Je n'ai rien vu arriver. Je le pensais heureux. Je nous pensais heureux. Pourquoi m'épouser si c'était pour partir à la première occasion venue ? Et, s'il m'aime, pourquoi ne m'écrit-il pas ? Il envoie bien une vampire pour me surveiller, personne n'en saurait rien si elle me glissait un mot... Mais rien. Je me suis peut-être aveuglée dans une bulle amoureuse, mais lui n'y est jamais entré. Sinon, il m'aurait prise avec lui. Il ne m'aurait pas laissée là, dans ce merdier sans nom dans lequel je me suis embourbée. J'ai épluché et relu mille fois les deux seules lettres que j'ai de lui. Dans la première il dit qu'il a confiance en moi, mais pas en ceux qui m'entourent. S'il ne leur fait pas confiance, pourquoi me laisser avec eux ? Se soucie-t-il si peu de moi ?
Les mots et les questions tournent dans ma tête et je suis fatiguée. Je me laisse aller contre le sein de ma mère et les larmes ne s'arrêtent pas.


Je ne suis pas juste.
Dans l'une de ces lettres justement, la dernière, il y a ces mots. Ces mots que je me répète pour tenir : Je t'aime. De tout mon cœur. Parfois je m'emporte et mes pensées déraillent. J'ai beau l'aimer moi aussi, de tout mon coeur, je ne peux pas juste rester là à l'attendre sans jamais penser à mal. C'est normal que je doute, que je me pose des questions. Je n'ai pas eu assez d'explications. Alors quand mes pensées deviennent aussi pestes et méchantes, je me rappelle ces mots. Ca, et les quelques heures épargnées que nous avons pu passer le jour de mon anniversaire.
Je me souviens ses yeux, ses regards. Je me souviens ses lèvres, ses baisers. Je me souviens ses mains, ses caresses. Je me souviens son corps, ses étreintes. Le souvenir, c'est la présence invisible. Et bêtement, j'espère que quelque part, en me souvenant de lui ainsi, il peut partager un peu de tout ce que je vis en découvrant chaque jour notre enfant.

Je parle de lui comme s'il était mort. La comparaison m'a frappée l'autre jour. Grand-mère Ailys était venue nous rendre visite et, alors qu'elle m'enviait ma peau de pêche en riant, j'ai remarqué autour de son cou, accrochée à un pendentif, l'alliance de grand-père Duncan qui nous a quitté quatre ans plus tôt. J'ai le même anneau dans le décolleté. I'm the widow of a living man.

Mes yeux encore embués voient par la fenêtre du salon des feuilles oranges virevolter. C'est déjà l'automne. Mon humeur est comme le temps qu'il fait dehors. Mon coeur est aussi glacial que le froid persistant et incisif qui s'installe un peu plus chaque jour en Angleterre. Et comme les feuilles flamboyantes colorent les rues de Londres, la croissance de cet enfant que je chérie malgré tout réchauffe mon âme harassée.
J'aurai aimé que rien ne change, que l'on reste en été. Qu'il ne soit pas Amiral. Que je ne sois pas mêlée à l'Opposition. Ou, en tout cas, que personne ne sache rien de tout cela. L'ignorance n'était pas si mal, finalement... Why can't the times stay the same ? Now I am begging him to change. Please change. J'aurais aimé pouvoir tout changer. Je pensais que nous en avions eu assez pour toute une vie avec l'histoire de Cain et d'Azkaban. Il faut croire que non. What about all the plans we made ? Nous nous étions promis un avenir plein de rides et d'amour. Les rides n'auront pas le temps d'arriver et je ne sais pas si l'amour aura sa place dans le futur qui se profile... Now I am so afraid. Je ne sais pas si Sacha va revenir un jour, ni quand. Mais, même s'il revenait, il ne pourrait rien changer à la monstruosité que j'ai dû accepter, sans avoir la possibilité de couper la poire en deux. J'ai tellement peur... Quel est donc ce destin que j'offre à notre enfant alors qu'il n'est pas encore né ?
†~


" Mama why does he hurt me so ? "

~† Un dernier étranglement dans ma voix. La crise est passée. La douleur n'est pas partie.
I'm gonna need someplace to go. J'y ai déjà pensé. Bien sûr que l'idée m'a traversée l'esprit. Ce n'est pas une vie. Je ne vis pas, je subis.
He's no longer some kind woman's son. Cela fait longtemps, même. Les relations qu'il entretient avec sa mère sont compliqués et voilà longtemps qu'il n'est plus un fils modèle, un gendre parfait. Il ne l'était déjà plus quand je l'ai rencontré. Je l'ai toujours su, mais je ne pensais pas que les choses auraient pu aller si loin un jour.
Mama, I think that I had better run. Fuir, m'échapper, disparaître. J'y ai pensé. Je l'avoue. Me défouler une dernière fois avec ma batte, avant d'aller donner une bonne châtaigne à tous ces imbéciles de l'Opposition qui ont voulu régir ma vie, notre vie. La voilà ma réponse : un dernier acte de rébellion et adieu. Ils ne sont personne pour me diriger.
Sans faire aussi théâtral, dans mes moments de détresse extrême, je me suis imaginée en Juliette, reposant sur un lit sépulcral après m'être empoisonnée. Mon Sacha/Roméo déciderait de revenir à ce moment et me retrouverait sans vie. Il nous retrouverait sans vie. Peut-être me rejoindrait-il, peut-être pas. Quelle importance ? Nous sommes déjà maudits. Qu'est-ce que la mort à tout prendre ? Un mauvais moment, un péage, le passage de peu de chose à rien. Ce serait tellement plus facile. Juste, mourir. Sombrer. Se laisser aller. Ne plus avoir à s'inquiéter. Ne plus avoir à souffrir. Juste s'abandonner aux bras de la Faucheuse et la laisser décider de la suite. La mort, quelle délivrance... Au moins serais-je certaine de pouvoir être avec mon enfant sans avoir à lui infliger quoi que ce soit. Et Sacha nous rejoindrait de toute façon un jour ou l'autre...

J'y ai déjà songé et c'est d'ailleurs pour éviter de faire une bêtise que je rejoins mon père ou ma mère, selon lequel est disponible, quand une crise comme celle que je viens de traverser survient.
Et si je ne suis pas encore passée à l'acte, c'est parce que je l'aime, et que j'ai confiance en lui. Que je crois en lui. L'espoir. L'amour fait songer, vivre et croire. J'espère bien qu'il finira par attraper Antarès et lui botter les fesses. Je le connais. Je sais qui il est. Il est Sacha de Lansley et ne sera pas en paix avant d'avoir atteint son but. Au point où j'en suis arrivée, il est le seul qui pourra nous délivrer, notre enfant et moi. Mais ça, il ne le sait pas. J'espère juste qu'il ne mettra pas trop longtemps. Qu'il ne sera pas trop tard... Mais j'ai confiance en lui. Il nous libérera et reviendra. Je crois bien qu'il est mon seul espoir. Même si j'essaye de trouver des alternatives, il est le seul qui puisse réellement nous sauver. Y arrivera-t-il en ne sachant pas, ou plus, pour quoi il se bat ? J'ai besoin qu'il réussisse. Lui aussi. Ils ont raison. Je n'ai pas le droit de l'empêcher de savoir. Et je ne peux m'en prendre qu'à moi-même s'il rate toutes ces choses. Égoïste. Il saura faire les bons choix... Alors enfin, je me décide.

J'embrasse ma mère et me dirige vers ma chambre d'un pas las. Je me saisis d'un parchemin, et d'une plume que je trempe dans l'encre. Je commence à écrire. Mon coeur bat à cent à l'heure. Le message est codé pour que lui seul le comprenne, si jamais le mot devait être intercepté par l'Opposition. Ils n'y verraient là qu'un charabia sans intérêt mais lui saura.
†~


Ne m'en veux pas. J'aurais préféré t'en parler face à face. Je l'ai appris le jour où tu es parti mais je n'ai pas eu la force de te l'annoncer plus tôt : nous allons bientôt devoir construire une nouvelle pièce dans la maison.
Ne viens pas. Je ne voudrais pas que tu sois blessé en venant t'assurer de l'avancement des travaux. Tout va bien.
Tu nous manques et nous ne choisirons rien sans toi.
Prends soin de toi et ne tarde pas trop. Je t'aime.

Mim'

~† Je range la plume, plie le parchemin et... je m'arrête. Mon coeur continue de taper à grands coups. Il pulse. Est-ce la bonne chose à faire ? Je ne sais pas. La lettre en main, je reste figée dans ma chambre. J'hésite. Ca ne dure que quelques secondes. Finalement, je saute le pas et me précipite vers la fenêtre, comme piquée par une aiguille. Je vérifie rapidement mais sans pouvoir être sûre, murmure le prénom de Grant. Il arrive quelques secondes plus tard et j'ouvre ma fenêtre pour lui tendre la lettre. Mon regard lui montre que j'ai une relative confiance en lui, et en Solace. Il repart et je soupire. Je vais m'asseoir sur le lit, m'enfouissant sous les couvertures sans croire vraiment à ce que je viens de faire.
Tel que je le connais, je vais le voir débarquer dès qu'il aura reçu le message. Il se fiche du danger dans ces cas-là. Moi pas. Pour une fois, j'espère qu'il m'écoutera, même si une part de moi aimerait le voir arriver, maintenant. Mais ce ne serait pas raisonnable, trop dangereux. Qu'il se concentre sur ses projets pour revenir plus vite. D'ici là... I'm the widow of a living man.
†~



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Dernière édition par Charlotte de Lansley le Sam 30 Oct 2010 - 21:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Texte d'Automne   Ven 29 Oct 2010 - 19:32

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Jour

Jamais elle n'aurait pensé être un jour la témoin privilégiée de l'éclosion d'une tendresse teintée de timidité et de maladresse propre à ceux qui n'avaient jamais eu l'occasion d'ajouter un paragraphe sur l'amour dans le grand livre de leur vie.

Aujourd'hui, York avait décidé de fêté l'automne à sa manière, donnant l'occasion aux familles, aux amis, aux couples, de passer une fin de week-end agréable. La musique avait envahi les rues, les rires et les chants avaient ravis les organisateurs, une jolie petite assemblée d'hommes et de femmes qui voulait chasser la griserie qui contaminait les cœurs. Une petite brune sortait du lot, allait à la rencontre des gens, s'inquiétait sans cesse de tout ce qu'il se passait, si tout à chacun s'amusait et profitait des animations qui avaient pris place dans les petites rues piétonnes de la Cité historique. Du regard, chacune, spectatrice comme actrice, remarqua la haute stature qui se dégageait de la foule bigarrée et joyeuse, qui lui rappelait un peu la Pologne, avant l'intermède douloureux avec les deux vampires, Solace et Grant.

Si Allanah se renfonça un peu plus dans son coin, ne voulant pas s'immiscer, la brune leva haut la main pour saluer l'ombre noire, qui contrastait parmi les badauds. L'organisatrice continuait à distribuer ses sourires sans compter tout en zigzaguant entre les habitants, pour rejoindre le nouvel arrivant. Et c'est ainsi qu'Allanah comprit ce qui lui avait échappé jusqu'à présent.

Cela faisait bien trois semaines pourtant que les indices s'évertuaient à lui faire comprendre que quelque chose était en train de se construire. A son insu, incapable de relier les détails en un ensemble cohérent. Les disparitions inexpliquées, les sourires incompréhensibles, les phrases mystérieuses. Depuis tout ce temps, Emmanuel disséminait des petits cailloux sur son sillage, tel Hansel dans le conte populaire, mais qu'elle avait été incapable de discerner. Idiote, adjectif à rajouter à la liste des qualificatifs lui allant comme un gant.

La première rencontre devait donc remonter au début du mois, alors qu'Emmanuel et elle avaient passé quelques heures passées en ville. Quatre, avait-elle machinalement commenté, bien surprise d'avoir perçu avec tant d'acuité leur départ et leur retour au Cydonia alors qu'elle n'avait pas vu le temps passé. La guide avait été charmante, une mine inépuisable d'anecdotes qu'elle racontait avec passion et bonne humeur. Valenta, la sorcière avait retenu son prénom. La découverte des petites rues piétonnes d'York avait passionné tant et si bien l'intendant qu'il lui avait bien souvent volé les interrogations qui venaient à son esprit. Qui aurait cru qu'elle avait vu, sans le savoir, un coup de foudre ?

Les festivités avaient continué tout l'après-midi, pendant lequel Allanah avait confirmé ce qu'elle s'était évertuée à ne pas voir. Emmanuel souriait, s'esclaffait, s'amusait, sourire rendu au centuple par sa compagne, Valenta, la guide et organisatrice d'événement à ses heures perdues. La jeune fille dénombra pas loin de cinq ou six peluches dans les bras de la moldue, gagnées sans effort apparent par l'intendant, qu'Allanah soupçonnait de tricher un peu à sa manière, pour nourrir la joie qui faisait briller les yeux de la jeune femme qui s'accrochait à son bras.

Une pointe de jalousie commençait à grandir, peu à peu, au creux de son ventre. Parfois, Allanah se laissait le droit de croire qu'elle avait une quelconque importance aux yeux d'Emmanuel. Orgueil venu des sept péchés capitaux. Elle voyait naitre, sans oser l'empêcher, une importance plus grande pour une autre qu'elle. Autrement plus importante. Le petite orpheline qu'elle était n'avait aucune chance face à ça.




What day is it ? And in what month ?
This clock never seemed so alive
I can't keep up and I can't back down
I've been losing so much time

'Cause it's you and me and all of the people with nothing to do
Nothing to lose
And it's you and me and all other people
And I don't know why, I can't keep my eyes off of you

One of the things that I want to say just aren't coming out right
I'm tripping on words
You've got my head spinning
I don't know where to go from here

'Cause it's you and me and all of the people with nothing to do
Nothing to prove
And it's you and me and all other people
And I don't know why, I can't keep my eyes off of you

There's something about you now
I can't quite figure out
Everything she does is beautiful
Everything she does is right

'Cause it's you and me and all of the people with nothing to do
Nothing to lose
And it's you and me and all other people
And I don't know why, I can't keep my eyes off of you
and me and all other people with nothing to do
Nothing to prove
And it's you and me and all other people
And I don't know why, I can't keep my eyes off of you

What day is it ?
And in what month ?
This clock never seemed so alive


Une scène avait été dressée, sur une place aussi prisée que les animations et les jeux. Un courageux avait pris place et entamé une ballade, avec pour seul accompagnement une guitare et Merlin pouvait en être témoin, elle ne devait pas être la seule télépathe des environs.

Sa journée s'était terminée par l'image d'un Emmanuel maladroit qui nouait ses doigts à ceux de la belle, sans qu'aucun d'eux ne détournent la tête, le regard et les oreilles de la voix envoûtante du chanteur.

Nuit

Nous sommes le dimanche 23 septembre 2012, équinoxe d'automne, premier jour d'une nouvelle saison qui saluait le retour des arbres qui pleurent la perte de leurs feuilles, puis plus tard encore, qui laisserait leur place à la neige et au froid mordant. Il faisait nuit noire, le ciel offrait le spectacle des étoiles brillantes à qui accepter de lever la tête pour en profiter. L'air était doux et sentait toujours l'été, rien ne venait briser la perfection de ce qui allait, sous peu, être révélé, les secrets toujours cachés dans l'ombre.

En retrait, une spectatrice invisible observait la scène des deux amants qui allaient débuter la première ligne de leur nouvelle vie ensemble. L'un était plus qu'un frère pour l'intruse, l'autre allait devenir plus qu'une amie. Ce jour là, Allanah avait compris qu'elle avait encore beaucoup à apprendre de sa famille adoptive, maintenant qu'elle n'avait plus Eleanor pour remplir ce vide. Elle avait toujours cru qu'ils étaient fait du même bois, deux synonymes de caractère. Le seul amour de sa courte existence oublié derrière un rempart imprenable, Allanah aurait pu continuer à le croire, mais elle ne le pouvait plus, dorénavant.

Un parc d'York avait été investi finalement. Valenta avait été laissée seule par un Emmanuel qui avait tourné les talons. La moldue ne paraissait pas outre mesure surprise ou inquiète, contrairement à Allanah, qui ne savait pas ce qui allait se passer. Ce qui ne l'empêcha pas de faire huit fois le tour d'un parcours invisible. Plus un dernier pour le sport, pensa la jeune fille en voyant que Valenta entamait le tour neuf.

Bien qu'elle ait décidé dès le début de ne jamais faire cela sans le consentement des intéressés, Allanah ouvrit son esprit à la recherche de celui de Valenta. A son poignet se trouvait un cercle argenté, qui brillait dans la nuit noire. Magie. Sortilège complexe qu'elle n'avait pas vu être exécutée par l'intendant, mais dont elle savait à présent tout, directement connectée qu'elle était aux pensées de la guide. Et elle comprit enfin quel cadeau faisait Emmanuel à celle que son cœur avait choisis.

Touchée au tréfonds, ressentant une foule de sentiments contradictoires, Valenta n'en finissait plus de s'étonner, de se poser des questions, avant d'être engloutie dans les sensations enivrantes qu'elle vivait. Allanah suivait le fil de ses pensées. Elle ne pensait plus avoir les deux pieds à terre, mais la tête et le cœur dans les étoiles.

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Elle n'était plus humaine, mais oiseau. Corbeau. Ce qu'il ressentait, tout là haut dans le ciel piqueté d'étoiles, était enivrant. Et elle savait qu'Emmanuel lui faisait là un cadeau inestimable : sa confiance et une déclaration à sa manière.

De son côté, Allanah s'interrogeait. Était-il vraiment obligatoire de lui en révéler autant ? Elle ne savait rien de cette femme, qui elle était, ce qu'elle pensait, ce qu'elle voulait, ce qu'elle attendait. Il aurait été facile de chercher des réponses dans sa tête, mais ce serait alors laisser la jalousie lui dictait sa conduite et la jeune fille n'était pas prête à cela. Elle se retira lentement de l'esprit de la moldue, se contentant des sens qu'il lui restait : la vue et l'ouïe, pour suivre le final qui se profilait.

Emmanuel réapparut et sa protégée se sentie enfin l'autorisation de partir, sans avoir à laisser Valenta seule et vulnérable, dans un parc, en pleine nuit. Les désaxés devaient déjà être de sortie, à cette heure, sans penser que c'était elle maintenant qui allait devoir ressortir du parc seule.

Allanah se détourna, non sans entendre les premiers mots de l'intendant, pour sa compagne :


« Je suis un sorcier. Et je crois que je t'aime. »

De sa position, Allanah se permit un sourire et quelques pensées peu charitables pour l'homme amoureux. Nom d'un scroutt, ils étaient vraiment irrécupérables !
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Sacha de Lansley
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MessageSujet: Re: Texte d'Automne   Sam 30 Oct 2010 - 18:54

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(Tété - A la faveur de l'automne)

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Légende:
Pensées Sacha
Pensées Amba

Dialogue Sacha par la pensée
Dialogue Amba par la pensée
Dialogues oraux



A la faveur de l'automne





- Sacha?

Je ne réponds pas. Pourtant, je l'ai entendu. J'ai le nez collé à la fenêtre embuée. Les yeux dans le vide. Des yeux qui ne savent plus faire que ça. Regarder le vide. Car tout est vide.
Dehors, des étudiants, paumés et solitaires, comme moi - à cela qu’ils s’obstinent à ignorer le mal qui nous ronge -, courent se mettre à l’abri en voyant le ciel mi-figue mi-raisin* se ternir. Il va peut-être pleuvoir. Je ne veux pas qu'il pleuve. Ca scléroserait l'ambiance déjà bien lourde d'une façon particulièrement clichée.
Que pourrais-je faire d'autre que de rester planter là? Je n’ai de cœur pour rien.
Si. Pour mon fils. Mais la paternité sans la maternité a un arrière-goût saumâtre.

Noah, sagement assis sur mes genoux, dessine des hippogriffes cubistes avec la buée. Il ne réagit pas plus que moi à l'appel d'Emmett. Il a prit l'habitude de me voir dans cet état et se contente, comme pour tout, de m'imiter en se soustrayant spontanément à tout ce qui nous environne: 'Moi, j'fais comme papa!' Tant que je suis là, que je le prends dans les bras quand il a envie d'être pris dans les bras, que je l'embrasse quand il est fatigué, que je le nourris quand il a faim, tout va bien. Il ne se pose pas de question.  Il n'a pas encore demandé après Elinor. Son intuition d'enfant l'en préserve peut-être. Il se contente de me montrer combien sa mère lui manque en la faisant apparaître dans les dessins qu'il tartine un peu partout, sur les murs, le sol, mes draps et, de temps en temps, quand il n’y a plus d’espaces appropriés pour donner libre cours à son imagination, il dessine sur une feuille de parchemin. Il s’installe studieusement face au chevalet de bois que je lui ai acheté à mon retour du Canada pour me faire pardonner mon absence. Un chevalet pas bien grand. Au bas mot, pas plus haut que trois pommes*. Il crayonne les personnages de ses histoires du soir. Des fois, au milieu des fresques illustrant les contes de Beedle le barde, il rajoute sa mère et son père qui se tiennent la main.

- Sacha...

L'intonation d'Emmett a sensiblement changé. Il a murmuré mon prénom dans un soupir compatissant. Comme si j'étais un malade qui ne se remettrait jamais. Face à mon ataraxie, il est un peu déboussolé. Il ne sait plus quoi faire pour m'épauler et m'encourager à sortir de mon mutisme. Je ne sais plus quoi faire non plus. Je crois que je n'ai pas envie d'en sortir. Il a l'impression que, dans sa prophétie, le Centaure a proposé des noisettes à ceux qui n'avaient pas de dents*.  Il s'est payé notre poire* et nous courons après le vent. Moi qui n'en fiche pas datte* depuis mon retour, je ne serai pas celui qui lui en veut d'avoir la tentation de baisser les bras. Cette histoire à la noix*, nous laissera tous inassouvis. Mais il ne s'attendait pas à ce que je baisse les bras le premier. Comme nous ne pouvons être tous en même temps rongés par le doute, il tient bon la barre au Nord. Il voudrait m'aider.

- Un enfant... commence Emmett de sa voix douce et bonne en caressant la tête de Noah qui continue de dessiner. Imperturbable. Comme papa... Imperturbable. Un enfant ne parle pas car il n'a pas les moyens d'exprimer tout ce qui se passe en lui. Mais au moins, il pleure, il crie, il boude, il dessine. Il informe et on peut remédier.  Je ne peux pas traverser tes pensées et deviner ce que tu as, Sacha. Je voudrais vraiment t'aider... mais il faut que tu nous parles.

Je ne bouge pas. Je ne sais donner que du silence et toujours plus de silence. Dehors, l'automne égorge l'été. Le meurtre épisodique se renouvelle sans que personne n'y puisse rien. Le crime recouvre de rouge les arbres de la forêt. Le ciel va pleurer l'assassiné. L'orage gronde déjà et condamne l'incriminé. La disparition de l'un est la naissance de l'autre. L'automne répand sa mélancolie sur le paysage. Le règne tyrannique durera jusqu'à l'hiver. Doux et menaçant, capable un jour de nous enfoncer ses dents acuminées dans les doigts et, le jour suivant, de nous faire rêver et oublier l'arrière-saison en neigeant des flocons cristallins.

Limogé par mon silence, Emmett finit par ressortir. Avant de disparaître, je sens sa main sur mon épaule. Il la presse pour me faire savoir qu'il est avec moi. Qu'il est là pendant que je ne suis que las. Je ne vois que le vide. Je ne veux voir que le vide et les silhouettes brouillées par la buée, qui passent et repassent dans le parc, avant que le crépuscule ne vienne s'abattre sur le château pour cacher le forfait de l'automne. Tout crépuscule est double, aurore et soir. Cette formidable chrysalide qu'on appelle l'univers trésaille éternellement de sentir à la fois agoniser la chenille et s'éveiller le papillon. Tout va par paire. L'horrible et le beau, le trépas et la vie, le fléau et la félicité, l'envers et l'endroit, le Gardien et le Miroir, l'homme et sa femme, l'adulte et l'enfant, la main qui frappe et la main qui caresse, le néant et l'absolu, l'anonymat et l'identité, mes rêves et mes cauchemars... mes chaussures et mes yeux aveugles...

"Sacha?"

Quelques heures après la vaine incursion d'Emmett, c'est la voix d'Amba qui vient frapper à la porte de mon esprit. Quand il m'appelle par mon prénom, je sais qu'il cherche une discussion sérieuse.
Je n'ai pas bougé de ma chaise. Le crépuscule a avalé le ciel qui décalque l'oranger automnal dans une palette de saumon, de pêche et d'étranges colories menthe à l'eau. Ca me donne faim.

"Amba..."

Seul l'enfant des Dyodes peut venir me parler sans que ma bouche ne soit obligée de former les mots. Quant à ce qui m'arrive, implicitement - et ce n'est pas un jeu de mot -, Amba est dans le secret des Dieux. Il a le sentiment de ce qui me tourmente et que je ne peux dire. Il était là. Il a vu. Il sent. Il devine.
Comme je ne peux connaître tout à fait que les gens avec lesquels j'ai vécu querelles et, qu'à cette activité ludique Amba a pris la première place depuis que j'ignore Etc-McEwan, je sais qu'il vient prêcher pour la paroisse d'Emmett. Mais il me connaît lui-même suffisamment pour savoir la manière la plus efficace de m'aborder quand je ne suis pas d'humeur : me rentrer dedans. Ne pas prendre de gants. Saborder ma solitude. Me bousculer.

"Qu'est-ce que tu fous?"
"Rien."
"Idem."
"Cool. Casse-toi de ma tête maintenant."
"Je ne peux pas."
"Essaye. C'est facile, tu verras."

Énervant. A part les vampires qui restent hermétiques à toute lecture de pensée, légilimancie ou manipulation mentale, Amba est le seul que je ne peux empêcher d'entrer dans ma tête ou y lire quand il lui plaît. De toute façon, même si je ne lui dirai jamais, je ne veux pas qu'il arrête de me parler. Si ce n'est pas à lui, je n'offrirai la confession des raisons de mon sépulcre social à personne. Il comprendra les mots que je ne dirai pas... et, je dois me l'avouer, il faut que je sorte de mon tombeau de silence.

Noah s'est arrêté de dessiner. Il est descendu de mes genoux, a réclamé un câlin avant de crapahuter vers le lit que nous partageons à Verdi.

Amba saisit que je ne suis pas seul. Il sent que mon attention est détournée.

"Tu es avec ton fils?"
"Oui."

- De Lansley junior, on n'a pas dîné. On ne dort pas le ventre vide.
- Je vais pas faire dodo,
répond-t-il, je laisse papa tranquille pour parler à Amba.

Je suis effaré.

"Tu savais qu'il nous entendait quand nous parlions par l'esprit?"
"Non. Ton fils n'est pas normal. Tu n'es pas normal non plus... 'les chiens ne font pas des chats', n'est-ce pas?"
"Parce que tu es normal, toi, peut-être? Ne parles pas comme ça de mon gamin ou..."
"Ou quoi? Que vas-tu faire? Je suis à New York... une super bijouterie sur la 41ème. Les journaux vont adorer."
"Tu finiras dans une Forêt d'Etat. Tu peux toujours te toucher pour que j'envoie une mission te récupérer. Le fils de Dieu est un voleur. J'ai mal pour tes parents."
"Me parle pas d'eux. Bref. Emmett m'a dit que tu n'allais pas bien."
"Emmett est la mère que je n'ai jamais eue."
" Je n'ai pas été étonné de l'apprendre. Moi non plus, ça ne va pas. Ca m'aurait fait chier que tu t'en sortes mieux que moi."
"McEwan?"
"Mélusine. (un blanc) Charlotte ou...?"
"Charlotte." Finis-je la phrase. Je ne veux pas que quelqu'un d'autre que moi suppose le contraire. Il poursuit.
"Je crois que j'ai merdé avec elle. Elle ne me donne plus de nouvelles. Je ne lui en donne pas plus. Son rêve est pendu autour de mon cou. Je l'ai transvasé dans une capsule pour m'en faire un pendentif. J'ai attendu qu'on soit de retour en Angleterre avant de chercher une Pensine pour y regarder de plus près. Le filet d'ambre miroitait dans une vasque. Je l'ai touché du doigt. Il n'a pas fallu beaucoup plus pour que je me retrouve au cœur de son fantasme."

Il sait que je ne lui demanderai jamais la teneur du rêve qu'elle lui avait donné. Toutefois, la confidence me pince le cœur. Pour cette maudite raison que je n'arrive pas à formuler clairement. Ça aussi, il le sait. Toutefois, il ne m'en dira rien. N'abordera pas le sujet. Lorsqu'on peut tout savoir, il faut savoir tout taire. Il se devait néanmoins de continuer de me parler d'elle pour que je continue de lui céder la place. Il n'y avait pas vraiment de place à céder. Il s'inquiétait pour rien. Je n'ai pas, n'ai jamais eu et n'aurai jamais de place à côté de McEwan. Elle ne le veut pas. Je ne le... J'y pense parfois... mais elle reste la silhouette de l'inconnue dans mes rêves.

"Elle m'a dit: 'Ce n'est pas à lui que je pense avant de m'endormir...' Si c'était vraiment moi dans ses chimères, poursuit-il, voyant que je ne l'interromps pas, pourquoi est-ce que dans la réalité, c'est toi qu'elle embrasse? Si dans ses rêves, je suis celui qui... (il s'interrompt) Dans sa tête, tu prends plus de place que moi. Elle essaye de te comprendre. Ca m'énerve. Attendait-elle que je fasse un premier pas? Je n'ai pas pensé comme ça... et maintenant, le Canada, elle, nous, la nuit sur le toit, la nuit dans ses bras, tout ça, ça me paraît bien loin. Comme si j'avais tout à recommencer..."

Je ne réponds rien mais il sent mon attention.
Il guette ma jalousie.
Je n'ai pas la force d'être jaloux.
Pour dire la vérité, plus il me parle de McEwan, plus j'ai besoin des bras de Charlotte.
Je ne me comprends plus. Logique perdue.



"Qu'est-ce que tu fais?" m'interroge Amba.
"Posté devant la fenêtre, je guette les âmes esseulées. A la faveur de l'automne."

Sa voix sourit avec ironie. Lui aussi est devant sa fenêtre. Tous les deux en plein délit de mélancolie. 'Les mots volent, les mots coulent, les mots roulent.' Il divague. Il s'imagine ce qu'il lui dirait s'il l'avait en face de lui. Regrette qu'elle soit si indécise.
Lui? Moi? Il ne sait pas.
Et si ce n'est pas de l'indécision, il regrette qu'elle n'ait pas fait été plus claire. Il se demande si, finalement, le casse qu'il projette de faire ce soir ne se terminera pas par un voyage pour rentrer en Angleterre. Elle lui manque. C'est un super casse. Peut-être qu'il ira dérober les joyaux et qu'il les offrira à Mélusine.
Rentrer? Rester? Il ne sait pas.

"Posté devant la fenêtre, je regrette de n'y avoir songé, maintenant que tu abandonnes."
"A la faveur de l'automne, revient cette douce mélancolie. Un, deux, trois, quatre, un peu comme on fredonne, de vieilles mélodies."

'Rivé devant le téléphone, j'attends, que tu daignes m'appeler, que tu te décides enfin. Toi, tes allures de garçonne, rompiez un peu la monotonie de mes journée de mes nuits.'

"A la faveur de l'automne, revient cette douce mélancolie. Un, deux, trois, quatre, un peu comme on fredonne de vieilles mélodies.
A la faveur de l'automne, tu redonnes à ma mélancolie ses couleurs de super-scopitone...
A la faveur de l'automne."


En l'écoutant, derrière l'image de Mélusine, les portes de ma mémoire s'ouvrent sur Charlotte. Elle rayonne de plus belle. Si la pensée de Mélusine pince mon cœur, celle de Charlotte le brise complètement. J'ai perdu Charlotte en me perdant moi-même. J'ai fait le con. Maintenant, je paye.

"Comment ai-je pu seulement être aussi bête? On m'avait prévenu.
Voici la vérité nue.
Et là, et là... manquerait plus que le mauvais temps s'y mette... Une goutte de pluie et j'aurais vraiment tout perdu."


'A la faveur de l'automne, revient cette douce mélancolie. Un, deux, trois, quatre, un peu comme on fredonne, de vieilles mélodies.
A la faveur de l'automne, tu redonnes à ma mélancolie ses couleurs de super-scopitone...
A la faveur de l'automne.'


Tous les deux en même temps:

"Va la voir..."
"Va la voir..."

Un silence.
Il a... j'ai... nous avons raison.

De toute façon, je finirai bien par mourir.
Autant l'avoir revu une dernière fois.

"Amba..."

Je ne termine pas. Je ne sais pas bien dire merci.
Mais il comprend.

"De rien."

La pluie est tombée pour de bon. Je me lève de devant ma fenêtre et rejoins Noah. Il s'est endormi tout habillé. Je n'ai pas le cœur à le réveiller.

Je retire mon sweat. Je me prépare à sortir. Je dois la voir. Ne rien dire à Emmett sinon il va me tuer.
Déguerpir du château. La voir. Lui parler. La toucher. Qu'elle anime mes sens ou ils mourront à tout jamais.

Je ne peux pas sortir car je sais que Solace fait le pied de grue devant ma porte. A côté d'Emmett et Solace, les Détraqueurs sont des enfants de cœur.

Je suis sur mon 31. Je veux qu'elle me trouve beau. Ne pas lui apparaître avec mon humeur brisée. Ma tête des mauvais jours. Mal rasé.
J'exige ma dose de Charlotte. Je suis en manque. J'ai oublié pour quoi je me bats... elle doit me le rappeler.
Où ai-je donc fichu toutes mes maximes? 'Ceux qui vivent sont ceux qui luttent!' Elle doit savoir me les remémorer. Car, non. Définitivement, non. Cent fois, non. Un Miroir, ça ne sert à rien. Et celui-là, qu'on me donne pour me regarder à l'intérieur, déforme mon essence, comme ceux des fêtes foraines. Il m'oppresse et se moque de mon visage déformé par les doutes.
Ma femme est tout. J'ai fait des promesses. Je ne tiens jamais mes promesses. C'est voulu. Mais avant de penser à les trahir, il faut que je me renseigne sur la façon de ne pas les tenir. Il faut que je décide. Je ne dois pas subir.

Charlotte.

'Tu portes mon nom... et c'est la seule chose que je t'ai bien donné.
Depuis, je fais n'importe quoi.
Je ne suis pas là. Je ne suis plus qu'un nom que tu portes comme un souvenir trop pesant.
Je ne voudrais jamais que tu regrettes d'en être habillée. Un nom de famille, c'est la moitié d'une identité.'


J'aimerais la revoir. Lui dire. Elle saura trouver les conneries auxquelles je ne crois pas pour me remonter le moral. Ce ne seront que des conneries. Mais elles seront d'elle. Je les écouterai car je n'aimerais pas la décevoir encore une fois.

Je m'apprête à transplaner quand la porte de ma chambre s'ouvre subitement. Solace et Grant entrent sans que je les y invite. Je ne sais pas comment ces deux-là tombent toujours à pic pour m'empêcher de me faire la belle mais je finirai bien par apprendre leur secret.

Ils me dévisagent.

- Tu allais nous fausser compagnie? Demande Solace en voyant que je suis habillé pour sortir.
- Oui.
- Et bien tu remettras ta fugue à plus tard... Assis-toi. On a quelque chose d'important à te dire.
- Je m'en fous.


Je lève ma main. Celle qui porte la chevalière. C'est le signe que je vais transplaner. Mais je suis moins rapide que la dame vampire, qui me cloue au sol et retire la bague de mon doigt. Son œil est assassin. Elle me fume d'un clignement de cils moribond:

- Fais ce que tu veux quand j'aurais quitté la pièce. Je fermerai les yeux... j'occuperai Emmett.
Mais pour l'instant... Grant, donne-lui la lettre.


J'ai beau essayer de me dégager, ce vampire qui n'en paraît pas plus de cinquante, me donne l'impression de faire cent kilos. Elle est lourde comme un Troll. La grâce d'une plume et des manières de fer.
Trop d'amour-propre pour laisser paraître que je suis en difficulté. Je reste allongé. Intrigué par ce qu'elle vient de dire.
Grant apporte un parchemin qu'il dépose sur ma figure. Je dégage la feuille d'un mouvement vif de la tête. La lettre tombe sur le côté.

- C'est de la part de Charlotte, dit-il en sortant.

Solace se relève et me laisse libre. Une fois arrivée à la porte, elle se retourne vers moi et me lance la bague sans autres commentaires. Je la rattrape au vol de ma main libre; l'autre, en entendant qu'elle provenait de Charlotte, s'est déjà jetée avec fièvre sur le morceau de parchemin. Le vampire referme derrière elle en souriant. J'ai la sensation qu'elle n'ignore rien de ce que me vaut cette missive.

Je me rassois. Une hésitation.
Perplexité. Débauche d'émotions contraires.
Impatience.

J'ouvre et lis.

Ne m'en veux pas. J'aurais préféré t'en parler face à face...


Spoiler:
 




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Walked out this morning
Don't believe what I saw
A hundred billion bottles
Washed up on the shore
Seems I'm not alone at being alone
A hundred billion castaways
Are looking for a home
(Police)



Dernière édition par Sacha de Lansley le Lun 12 Juin 2017 - 3:49, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Texte d'Automne   Dim 31 Oct 2010 - 0:12

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(Kubb - Wicked Soul)

Spoiler:
 

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And with fall comes a new dawn*

Spoiler:
 



La cohabitation avec Grant était déconcertante. On n’avait pas vu vampire plus patachon depuis Sir Huxley lequel avait l’excuse d’être un vampire qui avait été conçu alors qu’il avait 90 ans et qui, au mépris de toutes les bonnes choses qui nous arrivent suite à notre transformation, avait gardé de ses 90 années d’humanité, les modes les plus abjectes : fainéantise, par-dessus poussiéreux et un infumable cigare cubain qui continua de traverser les décennies avec lui, jusqu’à sa mort. Quelque chasseur de vampires, zélé et bien renseigné sur l’oisiveté télévisuelle de cette vieille strige, lui coupa la tête alors qu’il regardait une rediffusion de The Street, la célèbre sitcom anglaise dont l’histoire se passe à Manchester. Trop accaparé par son petit écran, Huxley ne s’était même pas défendu. Même pas une petite châtaigne (1) dans la figure du trappeur humain. Heureusement qu’il ne regardait qu’une rediffusion. Cela aurait été trop affligeant qu’il ne connût pas la fin de l’épisode. J’y mettrais mon flacon de vernis Yves Saint Laurent au micro onde que, de là où il se trouvait, Sir Huxley appréciait qu’on lui ôtât la vie devant sa série préférée.

Pour en revenir à Grant, notre colocation, disais-je, était déconcertante. Plus déconcertante encore était sa fâcheuse habitude de me suivre partout où j’allais. Comme un cabot. Je l’ai chapitré pour ça. Ma vie devenait insupportable. Il est retourné à sa télé. Eastenders, The Street, CSI Las Vegas, Miami, New York, Los Angeles et quoi encore... Je passais le plus clair de mon temps dans le loft d’Atålan pour échapper au programme télévisé de mon nouveau-né. C’était le seul endroit où Grant n’osait pas venir me déranger, chez Nate.

Il s’abreuvait d’émissions de télé réalité mortelles pour les neurones. Tout y passait : Big Brother, Survivor, Bachelor, Next, Dismissed, Who wants to kill a vampire ? – produit américain sur une bande de dégénérés enfermés de leur plein gré dans la Forêt d’Etat de Cuba. Le but du jeu est d’attraper un vampire, sans se faire tuer ou par lui ou par les autres créatures maléfiques peuplant l’île carcérale, afin de gagner la coquette somme de 200000 dollars. Audiences records tous les soirs.
Quand nous vîmes apparaître pour la première fois les émissions de real tv dans le paysage télévisuel, aurions nous imaginé, qu’un jour, l’homme – cet oiseux en mal d’argent et d’aventure –, en arriverait à de pareil pléthores ? Moi, je le savais. Il ne sort de l’esprit humain qu’inventions maléfiques et vicieuses. Pour le plus grand divertissement des immortels. J’espère que Dieu aussi aime ce qu’est devenu son ouvrage. Je croyais que les vampires – ignorés du Créateur – avaient le bénéfice du pire. J’avais sous-estimé la cruauté morbide de mes contemporains.

Je fus humaine autrefois. Je m’illustrais dans les milieux aisés, la cithare à la main, pour chanter mes quantiques et embêter mon mari qui n’aimait pas les femmes de lettres – du moins quand la femme était la sienne. C’était le plus grand divertissement dont nous étions capables au temps des Stuarts – jouer de la cithare et faire une bonne guerre de temps en temps. Les temps n’étaient pas moins barbares. Avec les siècles et la technologie, c’est juste la façon d’être pervers qui a changée. L’homme y met plus d’industrie. Le commerce avec l’absurde et le déraisonnable est plus techniques mais moins stylé.

Je termine cette deuxième digression pour en revenir à Grant. Il est tellement humain, ce vampire, qu’il me fait sortir les yeux der la tête. Il en a tous les dilemmes. Il est capable de se fendre la poire (1) toute une soirée devant les homicides, sponsorisés par Budweiser, de Who wants to kill a vampire, puis de me sermonner la minute d’après parce que je n’arrive plus à suivre mon régime végétarien. Est-ce de ma faute si, en plus d’être chétif, l’humain est si succulent ?

Depuis que nous n’avons plus la mission de surveiller madame de Lansley, la cohabitation a repris comme avant. "Avant", lorsque nous habitions à Londres, dans mon appartement. A la différence que, désormais, nous étions obligés de partager la même chambre au sein du château que nous habitions depuis que Sacha avait publiquement révélé au monde qu'il était l'Amiral de la Résistance. En plus d’être fainéant, de ne pas chasser et de passer sa vie devant le téléviseur ou – en l’absence des-dits téléviseurs –, devant les Grimoires Magiquement Modifiés, Grant était bordélique.

Notre chambre ressemble aux tranchés de la guerre 39-45, les cadavres en moins. Les ont remplacées ses T-shirts, ses comics, ses chaussettes, qui sont à elles seules un attentat écologique. Heureusement que Grant sent naturellement bon. Sauf des pieds. Un vampire qui pue des pieds ! Non mais !

Ça le désole. Il n’a plus la télévision. Et c’est pour mon plus grand plaisir, évidemment.

Hier soir, nous nous sommes disputés sévèrement. Comme qui dirait, nous avons fait le ménage d’automne dans notre relation. Tout à commencé losque je me plaignis que ça ne sente pas la rose. (2)
- « Range ces maudites chaussettes ! D’abord les chaussettes sont faites pour aller par deux, je ne comprends pas comment tu peux en avoir autant de solitaires. Et puis, tu veux absolument que je m’asphyxie ?
- Oui, ça me ferait plaisir.
- Range cette chambre ! J’y habite aussi !
- Tu n’es jamais là ! Tu es toujours chez Atålan ! Qu’est-ce que ça peut te faire ?
- Je ne serais pas toujours chez Nate si "chez moi" n’avait pas des airs d’apocalypse ! Même un troll ne s’y retrouverait pas.
- Va habiter chez Atålan une bonne fois pour toute.
- Dis pas de bêtise ! Je ne suis pas faite pour le concubinage ! Mais pars aux fraises (1) ! Trouve-toi une copine chez qui découcher ! Va chasser en amoureux !
- Je ne chasse pas les humains !
- M’en fiche ! Va chasser les écureuils, les porcs et les rats, si ça te chante. Mais sors de cette chambre ! Vis ! Vis ta vie !
- TU M’AS TUÉ SOLACE ! JE NE VIS PLUS ! JE SUIS SEUL ET JE M’ENNUIE ! TU PEUX COMPRENDS ÇA ? Abîmes, abîmes, abîmes. C'est là le monde ! (3) »
Le petit ne m’avait jamais crié dessus comme ça. Si la solitude est un symptôme, l’ennui est une maladie. Je sais parfaitement que l’ennui est un mal répandu qui ronge les vampires. Surtout les plus vieux. Mais il est trop jeune, me dis-je, il est trop jeune pour déjà s’ennuyer de la vie. Que deviendra-t-il dans deux siècles si l’homme n’a pas planté la Terre à coup de bombe A ? Il ne profite de rien. Il a peur d’être un vampire. Peur de se laisser aller à être ce qu’il est devenu. Peur de toucher une humaine qu’il pourrait fracasser comme une poupée de porcelaine.

Ses yeux m’acculaient. Sa voix m’accusait. Ses poings se serraient. Ses muscles étaient tendus comme du fer. Sa beauté ne m’avait jamais autant frappé que dans cet instant de vulnérabilité et de force. Il était en détresse. Je suis restée paralysée. S’il ne se contrôlait pas, dans sa fureur, il aurait été bien capable de me faire mordre la poussière. Cherchait-il à ce que je répondisse à sa harangue ?

Je me tue. Il m’avait achevé d’un hurlement. Le plus assourdissant fut ce qu’il ne dit pas : « aide-moi, Solace. »
- « L’homme est une prison où l’âme reste libre (3). Fais donc ce que tu veux. Je suis ta créatrice... pas ta mère, Grant, ai-je pensé en espérant qu’il saisirait la réflexion en dedans mon crâne qui lui était ouvert.
A force de silence et comme je tardais à faire un geste tant la violence de son regard m’avait ankylosée, il finit par comprendre que je cherchais à ce qu’il lise ce que je ne pouvais lui dire par la pensée. Je poursuivis :
- Tu serais mort de toute façon si je ne t’avais pas mordu. Je t’ai ramassé alors que tu faisais le menu frottin pour les gangs de dealers... Tu serais mort de toute façon, répétais-je. Ne me reproche rien. Surtout pas ça. Je me demande jour après jour si j’ai fait le bon choix. Quand j’ai commencé à t’apprécier, j’ai cessé de me poser la question. Si tu me demandes de le faire, je le ferai... je te tuerai pour que tu trouves le repos. Mais j’ai appris à t’aimer. Je me fais du souci pour toi... et te tuer ça serait tuer un bout de moi. C’est ce que tu veux ? Mourir ? »
J’ai tourné les talons avant la réponse et je suis partie chasser. Je n’arrivais pas à savoir ce que je devais faire. J’avais l’impression d’avoir tout fait. Le reste, il devait l’inventer seul. Je ne pouvais pas toujours être là. Mais s’il voulait mourir, je le ferais mourir.

La chasse ne fut pas la plus inouïe que je connue (2). Je n’étais pas concentrée et j’avais bousillé mes Gucci en sautant dans une crevasse cachée sous les feuilles mortes de la forêt interdite. J’ai mis longtemps à bouger. Je m’étais cassée la cheville. Je devais attendre qu’elle se répare d’elle-même. L’aube arrivait. J’étais fatiguée et je ne voulais pas rentrer au château... je craignais que Grant ne se soit pas calmé. J’appréhendais aussi qu’il me demande de mettre fin à ses jours.
J’ai refermé le trou sur moi… j’ai dormi là, sous la terre, comme au temps où je combattais en Pologne avec Moïse.

Je suis rentrée le lendemain soir.
Il me semblait que je devais affronter sa décision. Même si elle me faisait mal.
J’avais oublié mes téléphones portables dans la chambre... j’aurais bien appelé Amys pour lui demander de m’aider à savoir quoi faire. Elle m’aurait donné un sermon. Cette fois, c’est elle qui m’aurait dit qu’elle n’était pas ma mère, que je devais prendre mes décisions toute seule et qu’en premier lieu, déjà, avoir transformé Grant avait été une mauvaise idée.

Grant aussi l’appelle « ma mère » pour m’embêter. Trouvant que, face à Amys, je faisais plus office de fille immature que de copine de cœur et de sang.

J’aurais pu appeler. Mais pas de téléphone, donc pas de communication.

Je suis retournée au château la mort dans l’âme – à cause de mes Gucci abîmées !! – mais je ne suis pas allée voir Amys. Je ne voulais pas entendre d’exhortation à la sagesse. Je voulais Grant.

La nuit dans mon trou ne m’avait fait pencher vers aucune solution. Seul Grant pouvait me dire ce qu’il comptait faire, en espérant que la journée avait laissé murir la poire. (1)

La nuit était tombante. Humide. Qu’on soit l’automne, l’hiver ou l’été, pour moi, ça ne changeait jamais rien d’autre que la façon de m’habiller. Je n’ai plus été poète depuis 1750. Je sais plus faire de belles phrases pour venter les mérites de la nature pleurante ou les douleurs obèses qui pèsent sur mon sein.

J’ai poussé la porte de ma chambre. Je fus stupéfaite de voir les lieux complètement rangés. Grant était assis en tailleur sur mon lit – c’est le plus grand de nos lits – et comme à son habitude, il était torse nu. Son air était transfiguré et grave. Il s’était nourri. Il brillait comme un soleil en pleine nuit. Je pensais qu’il avait retrouvé du poil de la bête.

Je me suis approchée du centre de la pièce où flottaient des vapeurs d’encens. La curiosité de sa mise en scène m’infatuait et j’en oubliais presque que nous étions fâchés. J’avais la banane (1) en pensant qu’il avait peut-être passé l’éponge. Idiote ! Je baissais ma garde !


(cliquer dès maintenant pour suivre le dialogue en temps réel)

La lumière était éteinte mais je savais qu’il pouvait me voir.

J’allais lui raconter ma journée passée dans la crevasse à attendre que ma fracture se résorbe quand il m’a interrompu. Je suis restée silencieuse tout du long. Interloquée et saisie par son autorité nouvelle.

- “I don’t want to watch the Street on TV.
Je n’ai pas envie de regarder The Street à la télé.
I don’t want to hear about your day.
Je n’ai pas envie d’entendre parler de ta journée.
I've got no time to hear about how much you care.
Je n’ai pas de temps pour t’écouter me dire combien tu t’en soucies.
Shut your mouth and come this way.”
Tais-toi et viens par là.
- “I 'm a weirdo in your bedroom
Je suis un ouf dans ta chambre.
And I can see you in the dark...”
Et je peux te voir dans le noir.

En un rien de temps, à vitesse de vampire, il s’est levé pour aller fermer la porte à clé.
Qu’était-ce ? Me faisait-il prisonnière ? Et cette façon de parler... de me donner des ordres...
Malgré moi, je me laissais entraîner... désireuse de savoir où il voulait en venir.

- “Tonight's the night I shed my wicked soul
Ce soir est le soir où je me débarrasse de ma méchante âme.
I take it out on you and watch you lose control
Je la déverse sur toi et je te regarde perdre le contrôle.
Tonight's the night I shed my
Ce soir est le soir où je me débarrasse de,
Tonight's the night I shed my
Ce soir est le soir où je me débarrasse de,
Tonight's the night I shed my wicked soul
My wicked soul.”
Ce soir est le soir où je me débarrasse de ma méchante âme.

- “Let's disconnect all communication.
Coupons tous les moyens de communication.
I've told your "mother" not to call.
J’ai dit à "ta mère" de ne pas appeler.
So lay down on the bed, ‘cause now I've locked the door,
Alors allonge-toi sur le lit parce que maintenant j’ai fermé la porte,
And we don't live up there no more.”
Et nous ne vivons plus ici bas désormais.

Il s'illustrait en me montrant l'un de mes téléphones portables. L’écran était tourné vers moi pour me montrer qu’il resterait éteint.
Il ne voulait pas être dérangé. Ma dernière pensée, avant qu’il m’attire vers le lit et qu’il s’allonge sur moi, fut d’avouer sans rougeur que j’y avais déjà pensé auparavant mais qu’entre le fantasme et la réalité, je n’aurais jamais su trancher.
Maintenant, il avait l’avantage sur moi.

- “I 'm a weirdo in your bedroom
And I can't see you in the dark…
Tonight's the night I shed my wicked soul
I take it out on you and watch you lose control
Tonight's the night I shed my
Tonight's the night I shed my
Tonight's the night I shed my wicked soul
My wicked soul
My wicked soul.”

Ce fut la sa façon de me dire que,
de toutes les nuits passées chez Atålan,
de toutes les journées que je passais à faire les boutiques,
de toutes les confidences que je faisais à Amys,
de toute l’attention que j’avais accordé à Charlotte de Lansley,
de toute les vampires avec qui je chassais,
il était jaloux.

Il ne s’ennuyait que dans l’attente de me retrouver.
Que ça soit pour une dispute ou une discussion entre deux portes.
La mort lui serait moins pénible si nous nous chamaillions dans un lit plutôt que dans la vie.

Je fus à ses ordres. Je préférais qu’il vive dans mon corps plutôt que dans un cercueil.
- « Je ne veux pas mourir, Lady Ann de Murray. Je voudrais que tu comprennes que je tourne en rond si tu n’es pas là. Pas "là" comme une mère, un professeur immoral ou comme une Amys. Ma vie est une énigme dont ton nom est le mot.(3) "Là" pour moi, un homme un peu vampire parfois.
- Alors que l’automne soit le chapitre d’une histoire en un acte, Grant.
- J’ai plus d’une corde à mon acte, Sol.
- Tu sais bien que ça ne sera qu’une fois... »

Cette fois seulement, me promis-je. Juste une fois.

Il s’amusa à sourire en montrant ses canines parfaites. Il ne me croyait pas. Il ne me laisserait pas faire. On verra bien qui de nous deux survivra...
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MessageSujet: Re: Texte d'Automne   Dim 31 Oct 2010 - 17:54

INSCRIPTION

Pseudo de l'artiste : Le Pack Cullen
Lot de contraintes : #1 - intimité
Participation : je participe au concours [X] inscription libre [ ]

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Réservé au jury :

Titre de la chanson : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
(Julien Doré - Los Angeles)

Spoiler:
 

Lien de l'image : /



Spoiler à lire à la fin du texte si possible.
Je le place au début pour qu'il vous reste en tête que le texte cache certainement quelque chose
que vous découvrirez quand vous en serez arrivé au bout
et que vous reviendrez ici pour lire cette note d'intention à rebours.

Spoiler:
 


Code L.A.
Luxure d'Automne


Plus la vie a été longue, plus l’on a de péchés à se faire confesser. Mon désir pluriel a hurlé son déchirement quand je lui refusais pitance. Pourtant, mieux vaut une conscience tranquille qu'une destinée prospère. Je n’avais plus de destin, je choisis donc les bêtises.

Mon désir polyglotte savait s’adresser à toutes les chairs et je n’avais guère plus besoin de ma langue que pour traduire en caresses des expressions que les corps pussent comprendre. Je ne parlais jamais pendant l’acte. Pas un soupir ne trahissait l’émoi. La fièvre était muette et chaude.

J’aurais dû entendre les brisures sous mes doigts. C’était le combat du marbre contre la peau de cristal. Mais j’étais devenu aussi sourd que muet. Le seul son que j’entendais parfois provenait de cette voix lointaine qui m’interdisait de profaner la vertu de celle sur laquelle je m’étais abattu.

Je faisais attention au moindre mouvement et, malgré moi, je me retrouvais à faire l’amour plus que je ne baisais. Non pour écouter et suivre le conseil de cette voix. Mais pour tirer meilleur profit de la demoiselle dans laquelle je me trouvais.

La longévité le l’acte était un épineux problème : Où sa jouissance trépassait après quelques coups de reins et le souffle frais de mon haleine sur son vase en corolle coloré d’abricot, la mienne perdurait. Insatiable et esseulée.

Comme la réflexion était nouvelle, elle m’avait rendu perplexe... toutefois, j’avais peur que ces manques vinssent à me faire souffrir pour l’éternité. En bref, je voulais un orgasme et l’on ne m’en donnait point.

* * *

J’étais arrivé depuis trois jours à Los Angeles. On ne m’avait posé aucune question. J’avais choisi un moyen de transport ordinaire. L’avion.

A toutes les personnes que je rencontrai, je ne cachais jamais que j’appartenais à la Résistance. Je n’ai pas envie de traiter mon appartenance à ce mouvement comme une imperfection, une difformité de plus ou un poids. C’avait été mon choix et je l’assumais à haute voix. Je traînais assez de tares pour le moment, je refusais d’en trainer une de plus. Si les gens le voyaient comme une maladie infectieuse et mortelle, je rétorquais avec impudeur que je ne craignais plus l’ange de la mort qui m’avait raté déjà deux fois. Bien que je m’imaginasse que la troisième serait la bonne, personne d’autre que moi ne soupçonnait la proportion de mes craintes et je passais pour un invincible vaniteux plutôt que pour un futur macchabée. On me disait suicidaire de ne pas le cacher mais à ce qu’on m’avait raconté des Enfers pour les sorciers et les vampires qui s’étaient défait de leur existence par leur propre volonté, il ne me disait rien d’y passer le reste de mon éternité. Je voulais vivre mais la Résistance ne serait pas mon étoile jaune.

De toute manière, le voyage n’avait rien à voir avec mes activités au sein du mouvement. Si un quelconque Opposant me mettait la patte dessus pour un interrogatoire musclé, je lui aurais dit la vérité sur les circonstances de ma visite et les raisons qui m’amenaient en Californie. Elles étaient à la fois si inhabituelles et si compréhensibles que mon hypothétique geôlier aurait pensé que je ne pouvais avoir conçu une excuse aussi singulière si mes desseins avaient été funestes, ou c’était que je souffrais de folie en plus de souffrir de la mort. Et si on m’interrogeait sur Sacha ou sur les Iccams, j’abuserais mes accusateurs avec beaucoup d’aisance et de conviction car, réellement, je n’étais pas là pour ça. J’aurais parlé avec beaucoup d’ingénuité malgré l’objet de ma quête et, grâce au jeune âge dont j’aurais profité des indulgences, je serais passé pour un jeune effronté mais débonnaire parce que la bonhomie est le plus charmant des visages ou le plus hideux des masques. Je ne lancine pas en attendant qu’on me démasque.

« Pourquoi êtes-vous ici, monsieur ?
« Pour trouver une femme vampire.
« Afin de chercher à renverser Antarès ?
« Pas du tout.
« Avez-vous des intentions criminelles ? Attentats ? Meurtres ? Sédition ?
« Si la jouissance est une infraction, enfermez-moi dès maintenant.
« Non... Ca ira... Tourisme sexuel ? Quelle curieuse idée de venir jusqu’aux Etats-Unis pour... ça.
« Au temps des cerises, quand vous aviez mon âge et que vous vous apprêtiez à commettre quelque chose de critiquable, l’auriez-vous commis dans la maison de vos parents ? L'Angleterre est ma maison. Ma vie, mes amis, ma famille, mon éducation, mes barrières et mes chaînes sont là-bas. Je ne suis pas libre quand je suis en société. Ici, je peux être n’importe qui. Je suis loin de tout... et il est vrai que les mœurs ne sont pas les mêmes. Nous ne voyons jamais qu'un seul côté des choses. Pour voir l’autre face, il faut retourner la pièce plutôt qu’essayer d’en faire le tour.
« Ca se défend ! Vous avez bien raison ! Prenez du bon temps et passez un bon séjour au Royaume de l’Opposition. Près de Deven Street, il y a un ghetto pour les vampires. Si vous n’avez pas peur de finir la tête à côté des épaules, vous devriez aller visiter.

Une heure plus tard, j'avais laissé mon sac et ma guitare dans un petit motel en bordure de la cité des anges.
Il n’était pas loin de vingt-deux heures et j’arpentais Deven Street sans trop savoir comment m’y prendre. Je craignais de me brûler à la première femme venue. Si chacune s’en arrêtait à mon aspect juvénile et pas à mes 350 ans, je n’avais pas mes chances et j’aurais fait tout ce trajet pour des prunes.

J’étais rentré dans un établissement un peu au hasard. Il n’était pas commun de voir réuni en une si petite place de si nombreuses personnes. Toutes étaient d’une rare beauté et agissaient avec beaucoup d’affèterie. La musique était bruyante. Je me trouvais impressionné par la population et ma quête me sembla soudain puérile. De toute ma vie, je n’avais jamais abordé une personne que je ne connaissais pas.

Je me suis découragé. Je n’y arrivais pas. Je n’arrivais pas à lever mon derrière d’immortel pour aller à la rencontre d’une femme, ni même d’un homme. Certains avaient de l’aisance pour la séduction et le dialogue. Je ne faisais pas partie de ces gens-là. Il fallait me résoudre à n’attirer que l’œil des jeunes filles humaines. Tant pis pour ma pomme ! Peut-être n’étais-je destiné qu’à assouvir plutôt qu’à être assouvi. C’était pour cette raison que le Bienfaiteur m’avait donné la phobie du contact physique. Pour me barrer la route aux plaisirs inédits. Les choses les plus douces me seraient plus compliquées à obtenir. Depuis mes douze ans, je ne pouvais être touché que si j’acceptais qu’on me touche. Il m’était impossible de me lancer effrontément dans le contact humain. J’étais fait pour la réflexion et la distance. Non pour la proximité et la chair. J’étais fabriqué comme le marbre mais une simple fleur de pissenlit risquait de me briser. Était-ce bien grave dans le fond ? Chacun a ses fragilités.

Je me suis levé. La porte de sortie me tendait les bras. J’avais réservé une chambre dans un petit motel abandonné. Pour cette nuit, je rangeais ma curiosité et les armes. Demain serait un autre jour. J’abattrais mes braises sur Los Angeles. Mais ce soir, acceptons de n’être que des cendres.

De retour sur le pavé de Deven Street, j’entendis qu’on me suivait. J’avais une ouïe et un odorat plus fin que la majorité des vampires. En dehors d’être à moitié loup et à moitié vampire, c’était ma particularité. Je fis mine de ne m’apercevoir de rien. Au lieu d’une promenade sur le corps lunaire d’une femme vampire, j’allais peut-être visiter le fond de mon mausolée. Me voulait-on du mal ?

Le parfum qui m’arriva aux narines était entêtant. Musc ambré, épices, chanvre, silicate et éther. Un mélange inhabituel. J’ai attendu d’atteindre le carrefour d’une ruelle avant de disparaitre mais l’être qui me suivait avait des gestes aussi rapides que les miens. Une course poursuite s’ensuivit. De toits en toits et de murets en murets, l’ombre me chassait. J’étais le gibier.

J’atteignis une route qui menait vers le désert. L’ombre m’avait suivi jusqu’ici. Parfois, je l’avais entendu glousser. C’était la voix d’une fille. Comme nous n’étions plus entourés de rien, je me suis arrêté subitement et je me suis retourné sans prévenir. Prêts à entamer un combat.

Je ne parlais pas.

« Tu es rapide, toi.

Je ne répondis pas. Je me tenais sur mes gardes, prêts à anticiper ses gestes.

« Tu n’es pas resté longtemps à Deven Street.

Je ne dis toujours rien. Il ne me traversa même pas l’esprit qu’elle m’avait suivi tout se chemin pour la simple raison que je lui plaisais. La femme était un vampire brun aux yeux dorés et en amende.

« Tu ne parles pas ?
« Non.

Elle rit.

« Tu veux me combattre ?
« Ca dépend.... tu veux me combattre ?

Elle sourit.

« Non.

Je me détendis sans pour autant lâcher ma garde.

« Pourquoi tu m’as suivi jusqu’ici ?
« Pourquoi tu m’as entraînée jusqu’ici ?

J’étais déconcerté. Je me grattai l’arcade sourcilière en me redressant droit comme i.

« Qu’est-ce que tu me veux ?
« Et toi ? Qu’est-ce que tu me voudrais ?

Il y eut un long silence. Sa fâcheuse habitude de répondre à mes questions par des questions me laissait perplexe. Que lui voulais-je ? La raison de ma fugue me revint en mémoire. Je ne la quittais pas des yeux. Maintenant que la probabilité se présentait, j’étais incapable de prendre une décision et de me laisser aller.

Elle s’approcha.

« Je lis les pensées, avoua-t-elle.
« Aïe, dis-je en souriant.

Si elle m’avait observé pendant tout le temps que j’avais passé dans le club de Deven Street, elle n’avait pas dû être déçue.

« Oui, je t’ai entendu tout le temps que tu as passé à Deven Street. Tu penses beaucoup pour un vampire, répondit-elle à ma pensée.

Je restais immobile. Je vidais ma tête pour ne rien lui donner de plus.

« Tu fais le vide ?
« Oui.
« Tu n’as pas répondu à ma question.
« Toi non plus.
« D’accord. A trois on répond tout les deux en même temps.

Le jeu était enfantin. Je ne dis rien. Elle prit cela pour un consentement. Elle compta.

« 1...2...3...
« Tout.
« Rien.

Nous avions répondu en même temps. Nos réponses avaient laissé un vide. L’un de nous mentait et nous savions tous les deux lequel c’était.

En un coup de vent, elle s’est jetée sur moi, me poussant d’un coup dans l’estomac et j’allai m’aplatir contre une rocheuse. Le choc avait été si puissant que mon corps s’était moulé dans la pierre. En retombant au sol, trois mètres plus bas, je fus emprisonné par le vampire qui était venue s’assoir sur mon ventre et me tenir les bras en croix de part et d’autre de mon tronc. Mes bras et les siens étaient si éloignés de ma tête que nos deux visages n’étaient plus qu’à quelques centimètres :

« Tu n’es pas malade et pourtant je suis sur toi, Seth Cullen.

Elle avait lu bien plus que je pensais. Mais elle avait raison. Son contact ne me rendait pas malade.
Comment était-ce possible ?

« Peut-être que ton désir est devenu plus grand que tes craintes, répondit-elle a la pensée.
« Pour toi ? L’interrogeai-je, souhaitant qu’elle ait raison.
« Je ne sais pas... mais tu es un drôle de challenge.

De sa joue, en se penchant un peu plus, elle caressa ma joue de sa peau de pêche. Je frissonnai. Elle perçut le frisson. Elle en était satisfaite.

« Tu es de la Résistance, dit-elle.

Je fis un oui léger de la tête en enfonçant mes yeux dans les siens pour y cerner la raison de la question. La réponse arriva vite.

« Je suis de l’Opposition, dit-elle en m’embrassant.

J’attendis de connaître ce que la révélation de ces étiquettes allait changer à la situation. Elle me garda allongé sur la roche du désert encore un peu.

« Ca ne changera que la façon dont nous nous quitterons.
« Comment allons-nous quitter ?
« Sur un adieu et non sur un au revoir, sourit-elle.
« Ca c’est parce que je suis anglais. Pas parce que je suis de la Résistance.
« Oui, il faudra que tu retournes chez toi. Mais si tu es un bon amant, j’aurais pu te suivre jusqu’à chez toi.
« C’est impossible, ça.
« Que tu sois un bon amant ou que je te suive ?

Un silence. Et je lui dis :

« Pour l’un on peut essayer de le découvrir maintenant et pour l’autre il faudra attendre demain que je m’en aille.

Je n’ai pas assez de vocabulaire pour décrire l’amour que nous fîmes au milieu de ce paysage désertique. La nuit s’embrasa. Chaque coup de hanche était autant de coups de tonnerre qui résonnèrent à l’autre bout des échos désertiques. Nous partagions à part égales. Je n’avais pas besoin de retenir mes gestes, son corps était aussi solide que le mien. Je me donnais sans entrave et c’était bien ça « faire l’amour » ? Tout donner sans compter et sans réfléchir ? Ca pouvait paraître idiot, une fable absurde et déplacée, mais quand on n’a vécu que dans le déséquilibre, le don sans l’échange, la retenue plutôt que dans la liberté, une chose aussi simple que la fièvre ouvre toutes les portes de nouveaux univers. C’est ce que l’automne m’apportait : un souffle de liberté.

Ma conquête n’était pas spirituelle. Je ne cherchais pas l’éloquence de la philosophie ou l’explication psychologique aux pourquoi des comment. Je cherchais un orgasme et il me fut offert par cette femme qui savait lire entre les lignes des drames qui m’embrassaient.

Elle n’était pas vampire diurne.
L’aube vint mettre à terme à nos effusions.
Pour la première fois aussi, je ressentis la fatigue.
J’étais sur le point de tomber dans les pommes si elle ne m’aidait pas à me tenir debout pour que nous rentrions.

Nous n’échangeâmes plus un mot sur le chemin du retour au centre ville. Mon motel se trouvait à l’entrée de Los Angeles. Sa villa était sur la plage.

« Avant que tu t’en ailles, je pourrais peut-être revenir ?
« Comme tu veux.

La réponse semblait ingrate mais elle ne s’offusqua pas de mon impassibilité. Elle m’embrassa comme si nous étions un couple et me laissa à la porte de ma chambre qui donnait directement sur une courette qui servait de parking aux locataires du motel.

Egoïstement, j’étais rassasié et je n’avais pas envie de la revoir bien que j’avais beaucoup d’affection pour celle qui s’était dévolue à mon éducation sans juger les motivations de mon périple américain. Quant à elle, elle ne m’avait pas expliqué pourquoi elle s’y était soumise sans que je n’aille la chercher.

La journée fut ensoleillée. Ici, la seule chose qui rappelait l’automne était la date sur le calendrier pendu derrière la loge du gardien de l’hôtel.

Il n’était pas loin de huit heures du soir et je comptais décamper avant que ma maîtresse d’une nuit ne réapparaisse. J’avais passé la journée à jouer de la guitare en me remémorant chaque geste, chaque soupir. Le moelleux de sa poitrine sur ma peau adamantine. La passion de mes mains sur ses courbes vallonnées et la perdition dans son teint de pêche. L’audace de mes inquisitions. La folie de ses démonstrations. L’indécence de nos ballets. La rigueur, l’avidité et l’acharnement que mettait mon intimité à visiter et se brûler encore et encore dans le brasier de son feu intérieur. Sa gorge enchanteresse s’appliquant à chanter des panégyriques à tout ce qui se trouvait en deçà de ma ceinture. Ma bouche, déshumanisée, qui répondit à ses gémissements en caressant les quartiers secrets de son anatomie. Et, plus haut que tout, le partage à part égal du plaisir ainsi donné. Mais il fallait partir.

Mon sac à la main et la guitare sur l’autre épaule, j’ouvris la porte du motel. Elle apparut instantanément devant moi alors que je venais de claquer la porte. Son visage ne me complimentait pas sur ce que j’étais en train d’envisager :

« Tu pars sans dire au revoir ?
« Nous avions dit que ça serait un adieu...
« Tu mens. Tu as dit "Comme je veux". Ton excuse est piètre, contra-t-elle en me prenant dans ses bras. Le contact avec son corps fut la madeleine de Proust qui me ramena à la nuit dernière. Mais ça n’avait aucun sens d’espérer obtenir plus de notre situation. La passion est un cadeau éphémère dont seule la mémoire continue de jouir quand le feu s'est éteint.

Elle voulait en voir plus que le palier, que j’ouvre la porte de ma chambre et que nous allions nous perdre dans mes draps. Mais le drame qui m’embrassait n’était plus qu’un brouillard lointain.


Elle essaye de lire entre les lignes. Elle voudrait découvrir si le feu brûle encore. Elle me voudrait de nouveau en brasier incandescent mais elle ne trouve qu’un glaçon qui a refermé toutes ses écoutilles et qui s’apprête à reprendre la mer.

Elle sourit tristement en désignant la guitare.

« Tu ne dis plus rien ? Tu as pris et tu pars ?

Silence. Je ne peux pas répondre « oui ».

« Si tu ne peux pas parler tu peux peut-être chanter ce que tu as ?

Je pose le sac et je m’adosse à la porte de la chambre close. Elle grimpe sur la balustrade de bois qui sert de passerelle faisant communiquer toutes les locations qui donnent sur les paliers. Elle m'écoute sagement.

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« Je claque la porte de ma maison close
« Et tu t'héliportes vers moi
« Tes seins sont vides de sens avéré
« Et tu t'imagines les restes du palier
« Je souffle sur les braises de Los Angeles
« J'enfume le drame qui m'embrasse
« Tu lis entre les lignes qui ne brûlent pas
« Et tu m'imagines en feu de joie.

Elle me délivre un instant de la guitare et m’embrasse. Comme un adieu cette fois.

« Va donc. Peut-être que lorsque nous nous retrouvons un jour, ça sera au cœur d’une dispute entre nos deux camps...
« Peut-être.

L’histoire mourut sur un peut-être.
Le souvenir survécut pour un toujours.


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Dernière édition par Seth Cullen le Dim 20 Mar 2011 - 0:15, édité 1 fois
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Tiara Thomstorn
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MessageSujet: Re: Texte d'Automne   Lun 1 Nov 2010 - 1:39

INSCRIPTION

Pseudo de l'artiste : Tiara
Lot de contraintes : texte intimité
Participation : je participe au concours [x] inscription libre [ ]

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Réservé au jury :

Titre de la chanson : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
(Dido - Hunter)

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Hunter


J'ai toujours considéré que performance accomplie méritait récompense. Alors, lorsque le Directeur du Laboratoire d'Analyses et de Recherches Médicomagiques Évolutives me proposa un poste d'assistante au sein de son équipe de chercheurs haut de gamme, je ne me posai pas de question quant à cette opportunité inopinée. Il s'agissait d'une place que je convoitais depuis mes études mais je n'avais jamais postulé car je savais les places chères et mon expérience risible. La moyenne d'âge de ces chercheurs était plus de deux fois supérieure à la mienne et comparable au nombre de leurs publications officielles. La nouvelle avait d'ailleurs suscité différentes réactions : ahurissement pour ma part, colère de la part de mon chef, joie hystérique pour Fex, satisfaction pour Blaise, fierté pour mes parents et furie de la part d'Ivana Stanov. Je n'avais jamais entendu parler d'elle jusqu'à ce qu'elle vienne m'agresser dans les couloirs du Ministère. Rouge comme une tomate et prête à m'en coller une en pleine poire, elle m'avait accusé d'avoir vendu mes charmes auprès du Directeur pour qu'il revienne sur sa décision et me sélectionne à sa place. Ah ! jalouse entre les jalouses !

Quant à Anthony… Entre sa tête d'enterrement, ses grognement inaudibles et ses monosyllabiques, on ne pouvait pas dire qu'il avait accueilli la nouvelle avec enthousiasme*.

"Hummfouai", marmonna-t-il dans sa tasse de thé.
"'Toutes mes félicitations Tiara ! Je suis vraiment ravi pour toi ! Laisse moi donc t'offrir cette nouvelle petite robe signée Vera Wang qui te plait tellement.' 'Oh… merci beaucoup Tony, ça me touche vraiment ! Mais ne t'en sens pas obligé !'" m'exclamai-je avec un entrain feint, réduite à prendre en charge la totalité de nos dialogues.

Anthony soupire longuement et repose sa tasse de thé.

"Tiara…"
"Anthony…"rétorquai-je sur le même ton las.

"Tu sais que je t'ai toujours soutenue et encouragée…", commença-t-il
"…Mais ?" Il y avait toujours un "mais".
"Mais tu ne t'es jamais demandée comment tu as pu obtenir ce poste alors que tu n'y avais même jamais postulé ? Comment ton contrat au département a pu être rompu alors que le terme n'arrive à échéance que dans trois ans ? Pourquoi Jenkins est furieux à cause de tout ça ?"m'interrogea-t-il en me fixant intensément.

La négation et l'embarras pouvaient facilement se lire sur mon visage. Bien sûr que ces questions avaient effleuré mon esprit. J'avais fait part de mes inquiétudes à Blaise. Il s'était contenté de les balayer d'un revers et de m'assurer que c'était une pratique courante au Ministère.

"Où veux-tu en venir Ant' ?" finis-je par demander en craignant la réponse.

Je le sens mal à l'aise et il semble trouver un grand intérêt à la patte de la chaise.

"J'ai entendu des choses au Ministère…"
"Oh non ! Pas encore cette rumeur à la noix ! Cette furie ne sait pas quoi inventer pour s'attirer la sympathie des gens !" m'emportai-je "Non mais, s'imaginer une seule seconde que j'ai pu m'abaisser à… avec ce vieux… Sérieux quoi, il est haut comme trois pommes et jaune comme un coing !"

"Je ne parlais pas de ça… même si Miss Stanov n'a pas tout à fait tord."

Je vois bien qu'il n'a qu'une envie et c'est de se fendre la poire*. Je le fusille du regard en signe d'avertissement. A la limite, je préférais quand il se la jouait Caveman. Traitre va !

Il enchaine rapidement et tente un désamorcement.

"Blaise Cygnus a été surpris en compagnie du Directeur du LARME. Tu sais comme moi que ce type ne se déplace jamais uniquement par courtoisie. Apparemment, il aurait offert que sa société participe au financement du dernier projet du LARME. Quoi qu'il en soit, quelques heures plus tard, Stanov recevait un hibou lui annonçant que sa candidature n'avait finalement pas été retenue et qu'ils avaient trouvé un candidat correspondant mieux au profil recherché…"

Il me laisse amorcer mes propres conclusions. Je refuse de relever ma tête baissée sous le poids des révélations. Je ne veux lire dans ses yeux si sympathie, ni pitié mais je crois que je ne me suis jamais sentie aussi humiliée de toute ma vie. Peu à peu, alors que le rouge de mes joues régresse, c'est la colère qui prend le dessus et s'insinue dans mes veines. Colère après moi-même et ma naïveté. Mais surtout colère après Blaise pour s'être payé ma pomme* et de s'être immiscé d'une façon aussi abjecte dans ma vie. Control freak.

"Je dois y aller." lui annonçai-je d'une voix contenue.

Je me relève brutalement, rassemble mes affaires et ignore la voix inquiète d'Anthony qui me demande où je vais.

*

Dix minutes plus tard, je me retrouve dans le quartier des affaires, côté moldu. Blaise est le sorcier le plus moldu que je connaisse. Le plus snob aussi. Sans oublier manipulateur. Egocentrique. Imbus de sa personne. Détestable.

Tout comme ce temps pourri. En Égypte, l'automne n'est que douceur, saveurs exquises de cannelle, figues, raisins, grenades et dattes. C'est la nature qui reprend ses droits et s'offre un doux repos. Ce sont les arbres qui s'emmitouflent dans leur manteau de mousse. Le sol qui se couvre d'une épaisse couverture ambrée. Un soleil flamboyant au milieu d'un ciel apaisant. Ici, l'automne n'est que désolation et agression. Il est fait de brouillard, de bruit, de pluie, de vent et de nuages. Ça pue l'automne.

Bien vite, j'arrive devant le siège social de son entreprise. Un building prétentieux de trente étages fait de verre incurvé et de métal. A l'image de son propriétaire.

Deux agents de sécurité me laissent pénétrer dans l'imposant hall. Je m'aperçois alors que j'ai oublié le badge qui me permet d'accéder aux étages. Je n'ai d'autre choix que de m'avancer vers le bureau en grès clair de la réceptionniste. La jeune femme blonde impeccablement habillée me sourit aimablement. Garce.

"Je suis ici pour voir Blaise Cygnus. Tiara Thomstorn."

Elle me demande de patienter, pianote sur son ordinateur et compose un numéro. L'instant d'après un homme en noir s'approche et me tend un badge sur lequel est écrit en lettres capitales 'Visitor'. Je le reconnais. Il s'agit de Taylor SWIFT, le chef de la sécurité et seul habilité à accéder au dernier étage du building. Il me rappelle Anthony d'une certaine façon.

"Comment ça va Taylor ?"

"Très bien Miss Thomstorn."

"Tiara."

Il me désespère à toujours refuser de m'appeler par mon prénom. Il me conduit aux ascenseurs et tape le code de sécurité qui me permettra d'accéder au trentième étage. Je comprends pas toutes ces mesures de sécurité. C'est tout juste si le bâtiment n'est pas plus sécurisé qu'Azkaban.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrent sans bruit et je me retrouve à nouveau dans un hall au sol immaculé. Devant moi, un autre bureau de grès clair et une autre blonde à la coiffure impeccable. Sarah, une de ses assistantes, se lève pour m'accueillir, un sourire amical aux lèvres. A croire qu'il les avait bien dressées.

"Miss Thomstorn ! Laissez-moi prévenir Monsieur…"

"Pas la peine," l'interrompis-je sans patience.

J'ignore sa mine outrée de barbie siliconée, me dirige d'un pas furieux vers la double porte et la pousse sans préavis. Celle-ci rebondit en un claquement sourd contre le mur intérieur. Je regrette qu'il ne se soit pas trouvé derrière la porte à ce moment-là.

Il semblait plutôt être en pleine conversation téléphonique. Il raccroche sans me quitter des yeux. Irritation, stupéfaction et enfin appréhension pouvaient se lire sur son visage. Derrière moi, j'entends Sarah se confondre en excuses avant de refermer la porte doucement.

On se dévisage longtemps sans émettre le moindre son, si ce n'est celui de ma respiration. C'est le temps nécessaire pour que je ne m'effondre pas sous le coup de l'énervement.

"Pourquoi ?"
Un seul mot murmuré pour me rendre compte que mon visage ruissèle de larmes amères.
Un seul mot aussi pour que la compréhension s'imprègne de ses traits.

"Tiara…" Il se relève graduellement en tendant une main vers moi, comme s'il cherchait à m'apaiser. L'aspect rigide de mon corps l'en dissuade.

"Dis-moi pourquoi tu as fait ça sans même m'en parler ?"

Le ton monte et le ressentiment se distille un peu plus dans les veines jusqu'à en faire gonfler le cœur. Sa posture évolue à son tour. Il se redresse. Son visage se referme, impassible. Le regard défiant. Il revêt son costume d'homme d'affaire froid et cynique.

"J'ai fait ce qu'il y avait à faire. Tu voulais ce poste, non ? Et bien, tu l'as maintenant. Inutile de perdre notre temps en conversation stérile."

Je détestais ses manières expéditives et ses grands airs.

"Tu n'avais pas le droit de t'immiscer ainsi dans mon travail ! Maintenant tout le monde croit que tu m'as acheté mon poste ! J'ai l'air de quoi ? Hein ?! Surtout que je ne t'avais rien demandé !"

"Si je n'étais pas intervenu, jamais tu n'aurais eu une telle opportunité." poursuivit-il d'un ton neutre. "Tu es bien naïve de croire que l'on récompense les gens au mérite. Tout fonctionne par réseau. J'ai juste fait jouer le mien. Mais si ça peut te rassurer, je ne t'ai pas 'acheté' ce poste comme tu te plais à le penser. Je me suis associé au LARME parce que leurs découvertes pouvaient bénéficier à mon entreprise. Je leur ai signifié que je voulais un interlocuteur de confiance. J'ai simplement suggéré ton nom. Maintenant, si tu as fini tes caprices, j'ai une réunion dans dix minutes. Je te verrai ce soir Tiara."

Tout était toujours très simple avec lui mais jamais ouvert à discussion. Il avait raison. Point. Il ne fallait pas chercher plus loin avec lui. La conversation semblait vaine. Accablée par la gerbe d'ironie et de bons mots dont lui seul était capable, je me dirige vers la porte d'un pas vacillant. A cet instant, je n'ai même pas la force de lui tenir tête et de me prémunir contre son venin. A l'entendre, je devais même lui être reconnaissante. Arrogant ass.

*
Quand rien ne va, on peut seulement compter sur le soutien de ses véritables amis pour vous aider à ne pas sombrer dans le néant et vous redonner la pêche. Et celui d'un pichet de margarita. Ou quatre.

Je me suis réfugiée dans l'appart de Fédriana. En voyant ma mine défaite, elle a tout de suite expédié Phil – son mec – chez lui et m'a ouvert ses bras pour un câlin d'une heure trente et trois quart d'heure de pestage intensif contre Blaise. Il s'en est suivi une razzia dans ses placards dans le but de dépasser le record du monde de la plus grande quantité de calories ingurgitées en une soirée.

"Celui qui a dit que l'âme qui aime et qui souffre est à l'état sublime est un menteur. Tu as une mine affreuse ma chérie." commenta mon ex-meilleure amie.

"Merci Fex, je ne regrette pas du tout d'être venue ici… Et qui a dit que j'étais amoureuse ?"

Il lui suffit d'un regard pour que je n'insiste pas.

"Disons plutôt que je ne le déteste pas comme au début…"

"Franchement, je suis la première à ne pas comprendre ce que tu lui trouves. C'est son côté mystérieux qui t'attire ? Je suppose que bonheur est parfois caché dans l'inconnu. Mais là, c'est plutôt bonheur d'outre tombe avec lui. Sérieux, il est pas ténébreux, il est morbide ce type."

Pour une raison qui m'est inconnue, elle éclate de rire et en profite pour m'asperger de miettes de cupcakes.

"Très class Fex. Mais c'est bon, j'ai compris, vous n'êtes pas les meilleurs amis du monde."

"C'est le cas de le dire. Mais si l'amour violent, c'est ton truc, t'en prive pas pour moi. Perso, je préfère l'amour tendre et passionnel de mon Philou."

Je me retiens à peine de rouler des yeux et la laisse à ses divagations sur sa relation avec Phil. Je renoue le lien avec une boite de cookies, bien plus compréhensive que mon amie. Soudain, Fex me colle son téléphone portable à la figure, le sourire béat. Ou niais. C'est au choix.

"Regarde un peu ce que mon Philou m'a envoyé cet après-midi parce que je lui manquais."

Je lis et refoule un soubresaut.

"Je t'aime un peu plus de tout le temps qui s'est écoulé depuis ce matin* ? Euh… très romantique…"

Elle ignore mes sarcasmes et se met à embrasser son téléphone. Ridicule. En tout cas, une chose est sûre, jamais je ne recevrai ce genre de message de la part de Blaise. Quand Phil sortait les violons pour composer une sérénade à sa belle, je n'avais droit qu'aux notes stridentes d'une symphonie dramatique de la part de Blaise. Insensible prick.

"Tu sais, il lui arrive aussi d'avoir ses bons moments…" Je hausse une épaule, soudain timide. "Il a été là pour moi quand mon grand-père est décédé."

"Ouais bon, je veux bien croire qu'il ne soit pas toujours un crétin insensible. Mais il n'empêche qu'il reste un crétin vil et manipulateur. Le problème dans votre couple, c'est qu'il se comporte en parent persécuteur et qu'il te considère en enfant rebelle."

Je ne cherche même plus à comprendre ses références psychologiques à deux noises, ni à chercher à en savoir plus. Je me contente d'acquiescer sans conviction à ce qu'elle me raconte sur les ébats de mon 'moi'.

Il se fait et j'ai la tête plein de brume. Fex insiste pour que je reste dormir mais je décline et lui promets de la voir le lendemain.

With one light on in one room
I know you're up when I get home
With one small step upon the stair
I know your look when I get there

En arrivant à la résidence, seul un silence chargé de reproches m'accueille. Je n'en attendais pas moins. Je me débarrasse de mon manteau et de mon sac. Au bout du hall, un mince filet de lumière filtre à travers la lourde porte. Je sais qu'il m'attend, qu'il m'a entendu entrer et qu'il haïra chaque seconde que je laisse s'écouler avant de le rejoindre. Eager jerk.

If you were a king up there on your throne
would you be wise enough to let me go
for this queen you think you own
Wants to be a hunter again
I want to see the world alone again
to take a chance on life again
so let me go

Je pourrais très bien monter directement me coucher seule. Je dispose de ma propre suite comme convenu lors de notre arrangement initial. La partie vengeresse et immature de mon âme me susurrait de lui envoyer un bras d'honneur et de tout quitter. La partie stupide de mon âme me pressait de le rejoindre pour mettre fin à ce conflit qui nous opposait.

The unread book and painful look
the tv's on, the sound is down
One long pause
then you begin
oh look what the cat's brought in

En poussant la porte, je le découvre exactement comme je me l'étais imaginé. Assis dans son fauteuil préféré, un vieux grimoire abandonné sur le coin de la table de chevet, le regard fixant les flammes. Au début, rien ne laisse transparaître qu'il est conscient de ma présence mais je remarque la veine vacillante sur sa tempe qui ne peut signifier qu'une chose, il est furax.

"T'étais où ?" grogna-t-il sans faire un geste vers moi.
"Chez Fex."
"Tu as bu ?" m'interrogea-t-il consterné.
"Un peu." Je ne pensais pas que c'était si évident que ça
Cette fois-ci, il se relève et s'avance vers moi d'un pas menaçant.


If you were a king up there on your throne
would you be wise enough to let me go
for this queen you think you own
Wants to be a hunter again
I want to see the world alone again
to take a chance on life again

"Il est onze heures et demi. Je me suis inquiété."
"Pourquoi ça ? Parce que tu pouvais pas contrôler où je me trouvais, ni ce que je faisais ?"
Il plisse les yeux et fait plusieurs pas vers moi.
"Si c'est encore à cause de cette histoire de boulot…"
"Non ! C'est juste que je pense qu'on peut pas baser notre relation sur une dynamique parent/enfant !"

J'arrive pas à croire que je viens de lui balancer ça. Lui non plus apparemment.
Je reprends lui calmement mais résolue.

"On ne peut pas continuer comme ça, Blaise. Je me perds quand je suis avec toi. Plutôt que d'être ta partenaire, j'ai l'impression d'être un boulet que tu traines."
Il tend une main vers moi mais je recule d'un pas. Ses yeux s'écarquillent. Est-ce de la panique que je lis dans son regard ?
"Je suis désolé si j'ai pris des décisions nous concernant sans te consulter. Mais sache que je n'avais que tes intérêts en tête."
"Ce n'est pas une raison. Je voulais être ton égale mais toi tu cherches juste quelqu'un qui se soumette à toi. Tu vois, on ne veut pas les mêmes choses. Je ne suis pas celle pour toi."
J'ai la gorge serrée. Mes pensées m'enserrent, m'étranglent et me poussent à faire face à la réalité. Plus j'y pense, plus j'ai mal. Les maux de la séparation, de la culpabilité, de la colère, de la prise de conscience.
"Quoi ? Non ! Tu es tout ce dont j'ai besoin." Il semble pris de panique. "Tu t'enfuies?"

Je ne réponds rien.
so let me go
let me leave
For the crown you've placed upon my head feels too heavy now
and I don't know what to say to you but I'll smile anyhow

"Tu peux pas." Persista-t-il
"Blaise…"
"Non, non !" Il regarde autour de lui, comme s'il cherchait l'inspiration. Instantanément, il tombe à mes pieds. A genoux, les yeux baissés, ses longs doigts étalés sur ses cuisses. Il prend une profonde inspiration et ne bouge plus.
"Blaise ?"
Pas de réponse.
"Que t'arrive-t-il ?"
Toujours pas de réponse.
"Blaise ! Mais qu'est ce que tu fais, regarde-moi bon sang !"
Cette fois-ci, son visage se relève vers moi sans hésitation.
Il me dévisage, impassible. Le regard serein, calme et complètement passif.

J'y crois pas…

Blaise. Le Soumis.

and all the time I'm thinking, thinking
I want to be a hunter again
want to see the world alone again
to take a chance on life again
so let me go.

Aujourd'hui je suis reine. Autrefois j'étais libre.

Spoiler:
 
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Enki Youshenko
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MessageSujet: Re: Texte d'Automne   Lun 1 Nov 2010 - 2:30

Merci pour vos textes! Merci d'avoir relevé le défi! Merci d'avoir participé!

Les sondages seront installés dès demain. Vous pouvez faire une petite critique des textes que vous avez aimé.
Si la critique ne vous met pas à l'aise, vous pouvez choisir d'écrire un petit article de vos impressions générales, de ce que vous avez aimé, moins aimé, ce qui vous a étonné, les citations et les passages que vous avez préféré...

Tout est possible!

Les participants peuvent bien entendu donner leur avis sur les textes des autres mais aussi sur le propre texte s'ils ont envie d'en parler. Les contraintes qui vous ont bien pris la tête, celle qui vous ont amusé...

Tout est possible!

Les critiques et les votes prendront fin d'ici deux ou trois semaines selon le nombre de personne ayant donné leur avis.

Tout les joueurs sont invités à donner un avis, à laisser un petit mot, même un pas grand chose.
Lisez un texte ou deux, faites honneur à ceux qui ont pris la peine de s'arrêter quelques heures pour nous raconter une tranche de vie de leur personnage ou partager leurs pensées.

Tout le jury et moi-même vous remercions de l'effort et du temps Very Happy

A partir de ce message, tous les textes qui seront postés seront hors concours mais lu avec la plus grande attention quand même Smile




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MessageSujet: Re: Texte d'Automne   

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